June 20, 2010
Vidre et moi sommes restés ensemble presque six mois jour pour jour. Six mois à une entente sexuelle quasiment jamais atteinte, il est vrai aussi, due à des tailles parfaitement concordantes. Six mois à se découvrir et avoir à peine le temps de s’ennuyer quand l’un prenait la position que l’autre aimait.
Ce fut merveilleux.
Ce fut difficile aussi.
Six mois à comprendre qu’il n’était pas seul avant de me connaître. Quand il me demandait d’abandonner « les autres », lui ne se posait pas la question du après. Après qu’il soit muté et retrouve sa compagne qui lui offre son cul chaque soir. Sur le coup, je lui ai rétorqué que cette alternative ne faisait pas partie du lot. Soit il prenait l’ensemble, moi et mes doudous, soit il n’avait rien. A posteriori, je me rends compte qu’il me fallait aussi m’aménager une résurgence une fois notre histoire finie. Mes doudous sont au courant ; ils n’attendaient que son départ pour pouvoir me reconstruire par leur affection.
Six mois aussi pour réaliser que l’Homme, dans son ensemble, vit au présent. S’il dit « je t’aime » à un instant à une femme, il pourra vivre différemment le lendemain. L’instant présent est le quotidien de l’Homme. L’instant futur est celui de la Femme. Cette différence de conception fait que les femmes écoutent les hommes mais ne les entendent pas. Elles n’entendent que leurs propres aspirations, renforcées par ces mots doux que profèrent leurs alter ego masculins, absolument en phase avec leurs aspirations du moment.
Une fois que l’on a compris cela, il est beaucoup plus facile de les appréhender, de les séduire et de les aimer pour ce qu’ils sont : des instants présents réels et non imaginés puis anticipés.
Pendant ces six mois, bien que l’ayant poussé à réaliser son rêve, je l’ai aimé en espérant qu’il revienne après avoir éprouvé le choc culturel du retour au pays après 26 ans de métropole. Ma proposition de se retrouver une fois par an a été confrontée avec la pensée que ce schéma ne survivrait pas à quelques années de pratique.
La physique nous apprend que l’immobilité d’un objet résulte d’un équilibre des forces. Deux jours après le concert pour Haïti au Zénith, j’ai décidé de rompre cet équilibre et ai fait enlever mon stérilet.
Le seul lien pérenne qui pouvait nous unir était un enfant. J’ai tout mis en œuvre pour que nous puissions en concevoir un durant le très court laps de temps qui nous restait, un mois et demi. Agissant comme un homme, je ne lui en ai rien dit, initialement du moins. Quand j’ai fini par lui avouer, il a dit non au regard de notre situation.
Il a aussi dit non au regard de sa situation là-bas, tout comme lorsque je lui avais annoncé, après un soir de désespérance face au vide sentimental qui m’attendait, que j’avais postulé pour un travail sur ses terres. « Je ne pourrais te voir que quelques jours par mois », m’avait-il répondu. Il m’a fallu quelques instants pour comprendre que si nous formions un couple ici, il allait reformer dans l’heure suivant son arrivée son couple là-bas. Et la présence, à quelques kilomètres seulement, de sa maîtresse ne pouvait que compliquer son quotidien.
Il a fallu qu’il parte, le jour des 11 ans de ma progéniture, pour que je réalise à quel point je m’étais enfoncée dans un tunnel sans fin. Six mois à l’aimer passionnément et à avoir l’impression de l’être pour me fourvoyer dans une impasse : celle de l’espoir d’une vie en commun ou, à défaut, d’un lien inaliénable. Comment moi, routarde de la relation extra-maritale, ai-je pu tomber dans ce piège si classique qui guette toutes les maîtresses ? Entre ses mots, son désir de vivre l’instant présent et notre complicité à quasiment tous les niveaux, j’ai voulu le sortir du cadre dans lequel je garde mes amants, celui de l’homme en couple.
Aujourd’hui, j’oscille entre la colère contre mon enfermement dans cette situation et contre sa lâcheté. Le pire est qu’il me manque toujours. Un mois et demi à vivre ensemble, même si nous ne nous retrouvions pas tous les jours, ont laissé des traces. Ainsi, je passe mes nuits à me retourner pour tenter de me blottir contre son dos, mon sexe contre ses fesses.
J’ai voulu soigner le mal par le mal, selon le principe homéopathique, mais avec une dose d’allopathie. Quand Treh m’a invité à le suivre en club échangiste après avoir assisté à une représentation de l’une de ses pièces de théâtre, j’ai pensé que ça serait suffisant. Il m’a fallu annuler la seconde partie du programme qu’il me soumettait, ne me sentant pas d’attaque pour subir de tels assauts. Zouzou déjeune régulièrement avec moi et continue de m’envoyer des messages langoureux. Je saurai ce lundi après-midi si lui me permettra de remonter la pente pour redevenir celle que j’étais avant.
Quant au soukounian, je lui ai posé un moratoire de six mois. Si, au bout de ce délai, il me contacte, c’est que quelque part il veut garder une petite partie de notre relation. Je ne peux encore prédire dans quel esprit je serai à ce moment. Pour l’instant, mon but est de le bannir de mon univers. Mais je ne suis pas sure d’y arriver. Et lui m’a déjà envoyé un message, un transfert de lien vers une vidéo de Lepers sur son île sans aucun commentaire. Impersonnel, mais dont il sait que j’apprécie le contenu.
Les six prochains mois vont être difficiles.
March 17, 2010
Dans la mythologie créole, le soukounian rentre à reculons dans les chambres de ces dames, leur fait l’amour, puis s’en va toujours dans le même sens.
En ce mois frisquet de février, j’ai emmené monsieur Soukounian dans mon île vendéenne, histoire de le changer d’île. Là, nous avons passé quatre petits jours seulement : à manger ; à se promener ; à lire ; et surtout à discuter et à faire l’amour.
Vidre a dispersé puis rassemblé mon âme et mon corps aux quatre coins de l’île. Des tenues affriolantes que nous avions choisies, seules certaines ont eu le temps d’être enfilées. Au minimum trois fois par jour, nos corps se retrouvaient pour mieux se fondre. Dans le lit, devant le poêle, sur la table, dans l’escalier de la mezzanine, dans la lande sauvage : tout espace était bon à nos ébats.
À l’aube du troisième jour, nous nous sommes mutuellement déclarés notre penchant amoureux l’un envers l’autre. Durant le quatrième jour, Vidre a abordé la question de la monogamie. S’il comprenait ces amants que je ne vois que peu chaque année, voire une fois tous les deux ans, il semblait plus difficilement accepter d’autres situations, comme celle vécue avec Zouzou, mon "doudou de la résidence" comme ce dernier aime à se prénommer.
Préférant ne pas mentir si je craque en en revoyant un, je me suis arqueboutée sur mon principe d’androgamie. Je ne le fais pas par défaut, mais bel et bien car j’aime les hommes dans leur diversité. Il a fini par l’accepter tout en se voilant la face sur "les autres", ceux que je vois plus qu’une fois par an.
Au retour, nous avons résisté à la tentation de nous arrêter dans un hôtel, mais pas à celle de me faire jouir tandis qu’il conduisait.
Au retour, j’ai appris que Zouzou risquait de le rencontrer chez ma voisine. Une situation déplaisante que j’ai tenté d’éviter, quitte à déclencher la colère de Zouzou, qui mettait le nez dans mes sous-vêtements en mon absence et me manifestait sa jalousie.
Monsieur Soukounian, je sais que vous risquez de quitter notre territoire métropolitain pour retourner dans votre île. Mais ce que vous m’aurez apporté est sans commune mesure avec ce que j’ai connu auparavant. Si jamais vous nous quittez, je vous ai proposé de passer une semaine par an avec vous, dans un lieu qui n’est ni le vôtre, ni le mien. Un moment volé à nos vies respectives.
January 31, 2010
Fantasmes imaginés puis réalisés, moments partagés d’une intensité rarement rencontrée, jouissances à répétition : les instants passés avec Vidre sont magiques.
Etaient magiques.
Ce dimanche 31 janvier, j’apprends entre deux coups de rein qu’une femme l’attend en Guadeloupe. Ils étaient ensemble il y a plus d’un an et souhaitaient tous deux retourner dans leur île natale. Travaillant pour le privé, elle a pu s’y rendre plus rapidement que lui, obligé de trouver un poste dans la territoriale, de demander sa mutation puis d’attendre l’arrêté consécutif. Elle a même voulu y acheter un terrain, synonyme de reconstruction de vie. Il a refusé, arguant du fait de la difficulté de choisir à distance la bonne terre. France-Lise est cependant au courant qu’il a rencontré une femme en métropole.
Certes, c’est lui qui est aujourd’hui dans le situation la plus difficile. Une femme ici, une femme là-bas. Ses enfants ici, son père là-bas. A lui de faire son choix.
Mais j’ai mal. Pourquoi faut-il que les amants, surtout ceux qui sont mariés, soient toujours plus honnêtes que les autres, ceux avec lesquels une vie pourrait être reconstruite ? Pourquoi la vérité est-elle si facile à dire pour les amants et si difficile pour les autres ? Parce que les premiers n’ont rien à perdre et tout à gagner à l’instar des seconds ?
Aujourd’hui, je l’ai pénétré avec un pilon en céramique à sa demande ; son mètre quatre-vingt dix a porté mon mètre soixante-quinze, nos sexes imbriqués l’un dans l’autre ; je lui ai décrit des situations érotiques tandis qu’il titillait de sa langue mon clitoris ; j’ai pensé à cet escalier que nous avions souillé de nos semences en rentrant de concert la semaine dernière, nus sous nos vêtements.
Et en rentrant du concert d’Ange pour fêter cette 40e rugissante, après avoir revu Fa au bar de l’Olympia, j’ai déjà pensé à annuler le déjeuner du 14 février. Cela fait maintenant des années que je fête plus cet évènement commercial; ce n’est pas en 2010 que je m’y remettrais.
Doudou premier a chu de son piédestal et rejoint désormais le panthéon des amants, avec Zouzou, Mwa, Masa et Pi. De lui, je n’espère plus rien et n’attends que du plaisir quand nos corps se rencontrent. Les billets de bateau pour cette île qui est devenue un peu mienne sont d’ailleurs commandés pour passer cinq jours entre lit et mer. Au moins en garderais-je un quelconque souvenir.
January 9, 2010
En ouvrant le pli interne, j’ai tout de suite compris qu’il s’agissait du livre qu’il voulait m’offrir, celui dont il m’avait parlé bien avant ce texto synonyme d’envahissement. En préambule, une dédicace : Chère Calou, un petit présent pour toi qui m’a accepté (et aimé) sans chercher à me changer. Tu es une des rares personnes que j’ai rencontrées à être ainsi. C’est une qualité très précieuse. Sois heureuse. Violine
L’ouvrage de Maire-Ange Guillaume, Ils s’en allaient faire des enfants ailleurs, était accompagné d’une feuille bien pliée en quatre. A sa lecture, j’ai pâli puis souri devant la beauté de ses mots. C’est le souvenir de Violine que je préfère garder. Celui d’un homme qui m’avait décryptée, mais trop tard.
Une femme grande, bien balancée
Un sourire franc et pas truqué
Des phrases piquantes qui font mouche
Et son sourire, la dernière touche.
Toujours brillante en assemblée
Elle sait charmer et égayer
L’animal n’est point farouche
Mais s’électrise si tu le touches.
Son caractère d’acier trempé
Cache une grande fragilité
Et si parfois d’amour elle souffre
Elle s’éloignera vite du gouffre.
De manie elle ne s’embarrasse
Point n’a peur de perdre la face
Son rangement est parfois cocasse
Ce genre de choses vite la lasse.
Sa vie bien loin de la paresse
S’enflamme, si on l’intéresse
Et là jamais, elle ne délaisse
Aucun sujet, même complexe.
Son âme de lionne très directive
Sous les caresses devient lascive
Elle se laissera dorloter
Si patte blanche savez montrer.
Quand la passion d’elle s’empare
Et qu’elle vous laisse y prendre part
Ce sont vos sens qui s’égarent
Du plaisir elle devient le phare.
Quand d’un homme elle attire la vue
Elle pense qu’il veut l’attraper nue
Elle croit passer inaperçue
Sa beauté lui est inconnue.
Pourtant de nombreux la regardent
Elle croit devoir y prendre garde
Personne ne l’observe par mégarde
Son charme est chanté par les bardes.
La description n’est pas finie
Il y a la passion de sa vie
Il s’agit bien sûr de sa fille
Le bouchon qui a bien grandi.
Pour elle, elle est une vraie louve
Quiconque la cherche c’est sûr la trouve
L’amour qui entre elles deux couve
La voie du paradis leur ouvre.
Cette femme je l’ai trop mal aimé
Pourtant elle m’a beaucoup donné
En arrière je voudrais tourner
Afin de bien mieux l’apprécier.
Je garderai pour souvenirs
Ces formes qui lui vont à ravir
Un esprit qui sait éblouir
Et sa tendresse …
Il faut finir.
December 28, 2009
Un typhon vient de dévaster mon nid. Créole, doté comme ses congénères d’une taille peu commune, il y a passé vingt-quatre heures et va peut-être me réconcilier avec l’une de mes deux cultures d’origine. Faire l’amour ; dormir ; se doucher ; faire l’amour ; dormir ; se doucher : ce programme ne fut entrecoupé que par des courses et la préparation d’un plat créole qu’il tenait à faire malgré l’absence de pigment dit végétarien, un comble pour un produit végétal.
Est-ce l’apprentissage, obligatoire dans des familles déracinées ou non, de musique antillaise qui nous fit bouger nos hanches de la même manière ? Est-ce le fait qu’il n’ait plus de tabou sur la question sexuelle, ce qui provoqua son enculage tandis que je prenais son sexe dans ma bouche, fameuse selon tous dans une belle unanimité ? Saurait-il exactement où poser les lèvres pour exciter mon petit bout de bonheur ou déclencher des frissons dans le cou quand il y déposait une pluie de baisers puis de morsures ? Pourquoi ai-je cette sensation de courbatures un peu partout sur mon corps fourbu ?
Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai joui des plaisirs qu’il m’apportait. Où j’ai ri de ses mots. Où j’ai sommeillé brièvement dans ses bras. Où j’ai senti une onde longitudinale me parcourir quand il me pénétrait.
Il me faut absorber l’onde de choc du typhon, d’autant que Zouzou passe d’ici six heures, même si, a priori, nous ne ferons rien pour ne pas perturber son timing familial. Et malgré de longues heures d’ouverture de fenêtre, ma chambre sent. Elle sent la sueur, les cris qu’il a poussés, les "oui, c’est bon doudou" qu’il a hurlés au grand dam de mes voisins, l’amour que nous avons pratiqué dans sa forme la plus brute durant ce jour.
Vidre rejoindra son île natale d’ici quelques mois après vingt-cinq ans en métropole. N’ayant toujours pas l’intention de revenir vers ces cieux originels, je ne le verrai probablement plus, ou quasiment plus. Profitons au maximum de ces moments. Jouissons dès que nous le pouvons.
Pourquoi n’ai-je pas entamé son approche il y a un an, quand je l’ai connu ? Probablement car je n’étais pas prête à entamer à nouveau une relation au sein de mon entreprise. Mais il est tout le contraire de Violine.
December 26, 2009
Après l’amour, l’amitié. Il veut absolument devenir mon ami. D’ailleurs, il l’écrit dans un message téléphonique. "j’aime bien être avec toi. Je suis heureux de te connaître. À bientôt j’espère".
Sauf que ça n’est pas partagé. La dernière conversation que nous avons eue, sous couvert de droits et de syndicalisme, m’a montré que malgré ses, combien : 12 ans ? de psychanalyse, il a toujours les mêmes questions. Violine n’a pas changé d’un iota. Toujours les mêmes interrogations, toujours les mêmes réponses. C’est incroyable que des parents toxiques, les siens, puissent détruire à un tel point le devenir d’un individu.
Je ne veux pas souffrir autant que par le passé. Je lui réponds donc, furieuse, d’arrêter d’envoyer de tels messages. D’autant que je me souvient de ce qu’il m’avait envoyé après les voeux du Président de l’entreprise à ses employés : "Je suis vraiment peiné que nos relations soient devenues aussi froides et formelles. Mais je sais que tout est de ma faute. Je voudrais le beurre et l’argent du beurre … et en plus la jolie métisse. je suis trop ambivalent. Néanmoins je te promets que si j’arrive à quitter mon dragon, je t’aimerais comme un damné. Et ce n’est pas que des conneries. Je te souhaite de trouver ce que tu cherches". Sa réponse est surprise, puis accusatrice face à mon mon message électronique pour y mettre fin. Je le conserve ici, dans mon journal.
En effet c’est clair.
Je n’avais pas pris conscience du trouble que j’avais mis en toi.
Il faut dire que tu t’es bien débrouillée pour le cacher.
Tu parlais de relation de plaisir, multi-partenaire, pour s’amuser.
En fait tu souhaitais pouvoir t’attacher.
Cela m’aurait sans doute aidé à quitter l’autre monstre de savoir tout cela.
Tu parles de mes problèmes, mais je peux te renvoyer la balle.
Tu te plains des hommes qui ne restent pas et ne veulent pas s’attacher, dans tes écrits (ho oui j’ai lu ton blog {il parle de l’autre}, même plusieurs fois, et très attentivement). Mais ne t’es-tu jamais posé la question de savoir si ce n’était pas toi qui ne voulait pas qu’ils restent ?
La seule différence entre nous est que moi je suis conscient de mes problèmes et je fais une démarche pour m’en sortir.
A mon avi (et je sais que tu t’en tappes de mon avis) tu devrais aller voir un psy.
Tu n’as pas liquidé ton oedipe et les personnalités très fortes de tes deux parents continuent à menner ta vie de façon insconsciente. Tu es la marionnette de ton surmoi (comme beaucoup de gens, et je n’échappe pas à la règle), même si tu ne l’acceptes pas.
Alors plutôt que de me renvoyer la balle systématiquement, ce qui n’est vraiment pas la bonne façon d’en finir avec moi, tu en conviendras, arrètes juste de me répondre.
De toutes façons, même si je ne te parle plus, je ne t’écris plus, je ne te contacte plus, je serais toujours dans ta vie.
Ce n’est pas moi qui peut décide de sortir de ta vie, c’est seulement toi.
Hormis les fautes d’othographe synonymes de son énervement, le fait est, comme me le rappelle mon amie de toujours, que son ego en a pris un coup. J’ai arrêté de lui répondre, espérant que ceci sera plus efficace que d’aiguïser sa colère.
L’une des phrases de Tandoori, la chanson d’Eiffel, finalement, lui convient très bien.
Même vides vos plaines sont si jolies / On se surprendrait encore / À les fredonner
Je me guéris. Lentement mais sûrement. Avec Zouzou, avec Treh, avec Mwa qui vient de m’envoyer un message en cette période de Noël, peut-être avec Vidre à partir de demain soir. Ce n’est pas avec lui que je pourrais refaire ma vie. Si jamais je la refais !
December 23, 2009
Pour la première fois, il s’est ouvert. A 47 ans, il a eu depuis sept ans cinq maîtresses en tout, moi comprise. Lassitude d’un couple de 25 ans. Une fois, avec une autre voisine, cela s’est su, et il a quitté six mois durant le domicile familial. Son premier fils a sept ans. Le moment où Madame se découvre mère et délaisse son homme. J’en parle en connaissance de cause.
C’est sa première maîtresse qui lui a appris à faire l’amour longuement et aussi bien. L’une attendait de lui qu’il quitte sa femme (réécouter Un couple normal de Jeanne Cherhal à ce propos). L’autre, plus âgée, voulait un homme à la maison mais vivait à contre-coeur une relation libre. Fragments de moments amoureux qu’il ne me livre que partiellement. Il me dit, dans un sourire, aimer cette double vie. Je n’en saurai pas plus.
Et puis la question fatidique. Et toi, pourquoi ? Un rapide résumé de mon retour en France, de ma reconstruction, de la tentative de refaire une vie à deux. Je lui fais part de cette difficulté face aux hommes "non engagés" (dans une relation) qui veulent que tout s’adapte à leur quotidien, mais aussi de l’absence de difficulté par rapport aux hommes mariés dont les idées sur la question sont claires.
Je ne lui détaille pas Ja, et son absence d’envie de reconstruire à des centaines de kilomètres; Pi et sa renaissance masculine avec le désir de découvrir la féminité sous ses multiples aspects ; Ti’bon et la déception de ne pouvoir se donner mutuellement du plaisir alors que nos intellects fusionnent sur la question du couple et de tant d’autres ; Oui-Oui et le clash culturel entre première et troisième générations antillaises ; Aweb et sa dépression antérieure. J’évoque le seul Violine qui ne supporte pas que je ne sois pas son amie et me renvoie à la gueule sa colère et des images de psy qu’il a tirées de 11 ans de psychanalyse. Je lui résume mon pragmatisme face aux échecs successifs, à savoir mon sourire revenu, ma gourmandise et mon envie de placer le plaisir au sommet de mon quotidien grâce à ces hommes qui m’ont permis de redécouvrir gestes et faits amoureux. Je lui explique que peu d’hommes sont prêts à accepter mon mode de vie, en phase avec ce que décrit l’écrivaine Françoise Simpère.
Puis un silence. "Vous êtes cinq dans ma vie, et un sixième est en train d’y rentrer". Haussement de sourcils amusé en face. Je poursuis les explications sans rentrer dans les détails. Mawa, new-yorkais par adoption, kenyan par naissance : une fois par an. Masa le Catalan qui travaille en Algérie : quand il peut passer par ici. Treh le Marquisien : une fois par trimestre lors de ses voyages et qui tente de m’amener dans les clubs de partouze. Marcus le Chti, en dormance toutefois depuis la dernière fois pour son manque d’expérience et en désir d’expériences à plusieurs. Je ne dis rien de plus sur Vidre qui investit mon lit ce week-end après une longue phase d’approche. Aucune suite ne sera possible avec lui ; il a décidé de repartir vivre dans son île natale de la Guadeloupe d’ici à quelques mois. Quand Zouzou me demande, en substance, si je suis une mangeuse d’homme, je lui réponds que le moment de plaisir immédiat et sans suite n’appartient pas à mon univers.
Je suis jaloux des cinq autres. Quand il part, c’est sa seule phrase. Les mots me brûlent les lèvres. Mais aucun ne les franchira. Chacun est estimable à sa manière, et à mes yeux : pour ce qu’ils m’apportent, pour ce qu’ils sont. Lui tout autant que les autres. C’est le plus beau compliment que l’on m’ait jamais fait, plus encore sur mon sourire.
La chanson Tandoori du groupe bordelais Eiffel.
C’est entendu à l’infini / Et si les voix sont fausses / À hurler
Même vides vos plaines sont si jolies / On se surprendrait encore / À les fredonner
Les calèches de l’amour / Mènent toutes à vous Altesse / Et doucement la casse my Dear / Vos bas blessent / Tranchées du coeur / Frou frous d’Organdi / Fuck me tender / Love me tandoori
Entrez Cent sonnets / On s’en care on n’se réveille / Et n’atterrit jamais
Des lits qui s’envolent et des louves aux démons vallonnés lovées là / Il n’y aura pas de mais / Avril pourra remettre ça
Les calèches de l’amour / Mènent toutes à vous Altesse / Et doucement la casse my Dear / Vos bas blessent / Tranchées du coeur / Frou frous d’Organdi / Fuck me tender / Love me tandoori
Il n’y aura pas de mais / Avril pourra remettre ça
Les calèches de l’amour / Mènent toutes à vous Altesse / Et doucement la casse my Dear / Vos bas blessent / Tranchées du coeur / Frou frous d’Organdi / Fuck me tender / Love me tandoori
December 20, 2009
Elle me dit : "il faut que tu arrêtes de te positionner comme la maîtresse idéale". Elle, c’est ma seconde mère, moitié burkinabé, moitié bretonne (une identité culturelle à part dans le paysage français).
Il est vrai qu’à ceux qui sont mariés, je redis que je ne veux rien, hormis ces moments de plaisir que nous partageons. Sans enfants, sans conjointe pour eux. Sans contraintes. Je suis la femme buvard que je décrivais il y a deux ans et demi, moins aujourd’hui pour ceux qui sont libres, plus pour ceux en couple. Et quand Zouzou me dit qu’il va passer ses vacances à faire des travaux chez lui, d’un air désolé, je souris en pensant "serais-tu capable de ne rien faire de tes dix doigts pendant les vacances ?". Juste après, je me dis qu’il ne voit de notre relation que les bons côtés, ce qui est le cas sur ces heures volées à la semaine, et que les mauvais côtés dans son couple.
Elle me dit : "ne dis pas cela. Revendique tes désirs". Mes désirs ? Partir en voyage, ne serait-ce qu’un week-end, avec Zouzou, découvrir mon ex-rastaman dans son environnement naturel à 6000km d’ici. Mais autant le rastaman est libre, autant l’incidence serait notable sur l’environnement de Zouzou. Je sais que cela bouleversera son organisation tout comme celle de Masa, Fa et de Fa. Je ne veux surtout pas être celle par qui le mal arrive, celle qui espère aussi en avoir plus comme le décrit Jeanne Cherhal. Mon respect de l’autre a pris le dessus.
Elle me dit : "ne te présente pas ainsi. Tu te diminues. Te rends-tu compte de l’image que tu donnes ?". L’image ; rien à faire. Mais le fait de se diminuer ainsi, je dois reconnaître ce fait. Je vais y réfléchir.
Comme pour compenser ma grande taille, je reste discrète. Comme la mouche sur le visage : présente et que tous finissent par ne plus remarquer.
December 19, 2009
Comment fait-il ? Toute nouvelle rencontre est meilleure que la précédente malgré les rites qui s’installent. Un samedi, après la fixation d’un immense miroir, et bien qu’il ait précisé qu’il n’ait pas la tête à ça en indiquant du menton son domicile familial, il a posé ses mains sur mes seins. Prélude de son cru. Dans la chambre, colocation oblige encore pour quelques temps, c’est tous les deux face au mur que nous avons fait l’amour. Le jour où la neige est tombée sur Paris, ce fut une heure à alterner les deux orifices. Pour la première fois, j’ai joui. Un peu, pas beaucoup ; mais peu d’hommes y arrivent. Alors qu’il me surplombait, son sexe dans mon anus, il a levé un sourcil. Il me reste à lui apprendre à titiller mon petit bout de bonheur, comme l’appelle Rosemonde Pujol dans son livre.
La mauvaise nouvelle est que je commence à faire des rêves de bébé avec lui, le berbère, sur le modèle du film de Mathieu Kassovitz, Métisse. D’autant que va rentrer en jeu un ex-rasta man guadeloupéen, en charge de la sécurité dans ma boite publique.
Non. Ça n’est définitivement pas possible.
http://www.mathieukassovitz.com/izno/passe/real/films/metisse.html
December 12, 2009
Le constat est toujours le même une fois que la porte se referme sur Zouzou : c’est encore mieux que la dernière fois. Nos corps s’apprivoisent, lentement, au rythme de rencontres difficiles à caser entre emplois à l’opposé, familles respectives et convenances de voisinage. La nouvelle lingerie ne reste pas longtemps sur ma peau face à l’avalanche de baisers et de caresses, exception faite du boxer gris qui subit les assauts de sa langue. Et désormais, c’est lui qui prend les rênes du jeu amoureux. Reptilienne, sa langue trace des chemins de feu de l’arrière vers l’avant. Je sens un doigt s’enfoncer délicatement dans mon postérieur tandis qu’il m’immobilise entre ses bras et sa bouche. Au final, je ne sais plus combien de doigts et de langues (bien qu’il n’en ait qu’une) sont en moi. Il me manipule comme une poupée de chiffon pour placer son sexe dans le mien où il alterne vitesse et lenteur, longueur de pénétration. J’ai la sensation que notre désir mutuel est si fort qu’il ne pourra pas tenir longtemps. Mais lui sait parfaitement où il veux en venir. Oubliées les deux premières rencontres où nous n’arrivions pas à trouver le bon rythme ni la bonne position (la faute à mes très longues jambes) !
Mon sexe ne lui suffit plus. J’en avais rêvé pendant deux semaines, mais je ne m’imaginais pas à quel point il serait délicat. Et juste avant qu’il ne me fasse perdre la tête, je contemple son profil, concentré dans l’attention qu’il met à rentrer par le trou de la serrure sans forcer cette dernière, puis pose mon regard sur le dragon tatoué entre son torse et son dos. Aussi massif et pourtant si doux. Après, je ne pense plus. Les granules d’arnica seront pour plus tard, quand la douleur arrivera. Ce n’est pourtant pas là qu’il jouira, mais de retour dans mon con. Plus longuement et moins silencieusement que les précédentes fois.
C’est Fa qui m’a initié à la sodomie. Tout aussi massif et attentionné. Depuis, quasiment aucun autre n’y a eu droit. Je n’ouvre cette intimité que si l’osmose est garantie. Bizarrement, je ne l’offre qu’à ceux dotés des physiques les plus forts. Ce sont aussi ceux dont je rêve qu’ils le feront.
Nous n’avions que trois heures aujourd’hui. Une heure pour faire l’amour, la seconde pour se restaurer, parler d’art et dormir, la troisième pour faire l’amour. Trop court. Mais la rareté de ces moments accroît leur intensité. Et d’après la manière dont il se jette sur moi quand il referme la porte, cet homme-là doit être en manque de charnel dans son quotidien. Il est vrai que la femme que j’avais croisée à ses côtés le soir de l’Aïd n’avait pas l’air d’être d’une sensualité débordante. D’un autre côté, se rendre chez sa belle-mère peut assombrir n’importe quel mignon minois.
Nous avons mutuellement conclu qu’il nous fallait être patients. Prudents aussi pour ne pas bouleverser son écosystème. Le badge déposé sous sa roue de voiture afin de lui éviter d’être vu par les centaines d’autres appartements, dont le sien, en passant directement du garage à ma cage d’escalier, ce badge bleu est la clé des moments volés sur nos vies si bien organisées autour de nos familles respectives.
Ecoute de Cajun Moon, reprise par Herbie Mann, avec la superbe voix de Cissie Houston, et de California dreamin’ d’Eddie Hazel.