May 31, 2006
fin mai 2006
Siemens. Chiffre d’affaires. Millions. Loi. Euros. Roumanie. Rachat.
Les mots défilent, les textes se construisent. Je suis au bureau, j’ai huit pages à écrire en quelques heures. Mon téléphone est sur messagerie. Nous sommes aujourd’hui en équipe réduite, seule une autre personne est présente ; je ne vois d’elle que des touffes de cheveux derrière l’écran.
Pour me concentrer, je mets les albums de Zazie que tu m’as passés. Erreur fatale.
Les mots se brouillent. Mes yeux tentent de se concentrer sur les lettres qui défilent, presque automatiquement sur l’écran. Mes oreilles se mettent au diapason de Toc toc toc. Informations contradictoires que ne peut plus interpréter mon corps, pris entre les mots écoutés et les mots lus. Mon cerveau n’est plus rattaché au moment présent, il se penche dans les tréfonds de mes souvenirs. Ce manque de la veille, quand côte à côte, nous savourions cette chanson. Ce manque qui nous narguait, celui de ne pouvoir se toucher, celui de ne pas se laisser aller. Dans ta voiture, ce désir palpable. Dans ma rue, ce désir tu. Désir inassouvi qui m’a tenu éveillée pendant une partie de la nuit.
Mon dos se cambre, la pointe de mes seins se durcit. Gainées par de grandes bottes noires puis libres sous une petite jupe bleue, mes jambes se croisent et se décroisent. Je me sens belle dans cette tenue que j’arbore rarement, je sens presque tes yeux caresser mon corps et tes mains en prendre possession.
Je me lève brusquement. Il faut que je calme ce corps dont j’ai du mal à maîtriser les ardeurs. Deux étages plus bas, dans la cour, je laisse le soleil s’attarder sur mon corps. Sous ses rayons, il reprend un peu de chaleur. Lascivement, je laisse mon cerveau repartir dans ces souvenirs, dans d’autres où le désir fut assouvi. Un petit nuage qui passait par là décide malicieusement de l’arrêt de ma pause. En cachant le soleil, en versant quelques gouttes, il me ramène à la réalité.
Clic, clic, clic, clic. Les touches virevoltent sous mes doigts agiles et rompus à l’exercice.
Casque à nouveau vissé sur les oreilles, je me promets de ne plus repartir dans mes idées folles. À l’écoute de Un point c’est toi, j’éclate de rire, à la grande surprise de l’autre personne qui dans le bureau se félicitait du cliquetis du clavier. Tu t’étais bien gardé de me la faire écouter hier soir ! Je t’envoie un mél, histoire de te faire partager un petit bout de ce moment. J’aime bien trouver un email de toi en sortant de réunion, me réponds-tu. Un second message arrive dans la foulée : je vois que ça bosse.
Nouvel éclat de rire de ma part. Il est temps de partir. J’assemblerai les mots ce soir.
Toc toc toc (Zazie, album Rodeo)
Depuis que le monde est monde / On nous le dit / S’il te fait les yeux doux / Ma fille, tu t’enfuis / Et s’il hurle dans ta cour / N’ouvre surtout pas / Toc toc toc mais qui est là ? / Le loup qui te mangera
Mais si la fille en a peur / La femme en rêve / Dans la forêt nue qu’un sauvage nous enlève / Nos corps s’abandonnent au soleil qui se lève
Toc toc toc mais qui est là ? / Le loup qui te mangera / Toc toc toc mais qui est là ? / Le loup qui te mangera
En l’absence de nos princes / En supposant que les princes existent encore / Je laisserais bien ma porte / Ouverte toute la nuit / Toc toc toc mais qui est là ? / Le loup qui te mangera
J’en ai marre de ces histoires à dormir debout / Je veux goûter la morsure d’un amour fou / Pouvoir enfin pendre mes jambes à son cou
Toc toc toc mais qui est là ? / Le loup qui te mangera / Toc toc toc mais qui est là ? / Je n’attendais plus que toi / Toc toc toc si tu es là / Entre donc et mange-moi
Un point c’est toi (Zazie, album Zen)
Mets-toi tout nu, si t’es un homme / Histoire de voir où nous en sommes / Qu’on me donne un primate / Sans cravate / Un Zorro / Sans rien sur le dos…
t’es bien plus beau comme ça / Un point c’est tout / Un point c’est toi / Je t’aime comme ça / Un point c’est tout / Un point c’est toi / Sans artifice / Où est le vice…
enlève la tenue / Si t’es un homme / Qui peut le plus / Peut le minimum / Et comme ça / Tu restes la faiblesse / De mon for intérieur / Et moi, maîtresse / En ta demeure…
t’es bien plus mâle comme ça / Un point c’est tout / Un point c’est toi / Je t’aime comme ça / Un point c’est tout / Un point c’est toi / Sans dessus, ni dessous. / Et puis c’est tout / Et c’est comme ça…
gageons que tes états sauvages / Feront moins de ravages / Que tes plumes de paon / Quand toi Tarzan / Moi j’aime / Quand tu tiens d’Adam / Moi je tiens à toi
t’es bien plus beau comme ça / Un point c’est tout / Un point c’est toi… / Je t’aime comme ça / Un point c’est tout / Un point c’est toi / Sans rien du tout / Sans rien que toi / Un point c’est tout.
May 28, 2006
Début mai 2006
Ce mardi-là, nous nous sommes revus. Tu es rentré plus tôt de ton week-end familial pour me voir, pour passer une soirée ensemble.
C’est désormais un rite, que d’essayer de trouver tous les quinze jours un moment à passer ensemble. Je t’ai emmené dans mon endroit intimiste, celui que je ne partage qu’avec mes amants sous les yeux attendris de l’un des propriétaires. Toute la soirée, tu me regardais, et cette petite lueur amusée dans tes yeux si doux. Et puis j’ai orienté la conversation sur notre corps à corps. J’ai vu un voile de désir passer devant tes yeux tandis qu’un violoncelle égrenait ses notes en fond. Tu m’as demandé si nous pouvions partir, nous retrouver enfin seuls, peau contre peau, bouche contre bouche.
Impossible d’aller chez moi, où m’y attend ma vie de mère. Tu me propose ton domicile, vide ce soir-là. Non ! Ma pensée fut violente, ma parole fut douce. C’est là que tu as ta vie, ton autre vie. Ton intérieur, je ne veux pas le connaître. Ni la forme de ta maison, ni la couleur des peintures aux murs, ni même ton studio de musique où j’aimerais pourtant chanter avec ton accompagnement à la guitare. Je ne veux pas croiser le regard de ta compagne dans un cadre de photo. Je ne suis que la maîtresse, celle à laquelle tu donnes ta tendresse que tu ne trouves plus dans ton couple. Je n’ai droit qu’aux moments les plus merveilleux, pas aux banalités du quotidien. Je n’ai droit qu’à cette tendresse et aux jeux amoureux, pas à un sentiment plus fort.
Où aller ? Je t’ai proposé les bois de mon enfance. Bashung à peine inséré dans la platine, nous quittons la capitale tandis que les mots à double sens font monter notre désir mutuel. Tu aimes conduire de nuit. J’aime ta conduite, elle est comme toi : sereine et sûre. Je sais que je peux m’assoupir, tu veille sur moi, rien ne nous arrivera.
Arrivée en forêt. J’hésite entre les rochers et la mare aux grenouilles. C’est cette dernière qui aura ton assentiment. Mais nous n’y arriverons jamais. Un arbre sera notre support pour nos premiers ébats, le tapis forestier pour les suivants. Notre désir est trop fort ; nous faisons et refaisons l’amour plusieurs fois. Et lorsque ton sexe épuisé déclare forfait, ta bouche prend le relais. Merveilleuse sensation que l’exploration faite à mon Moi.
Verticalité, horizontalité ; une heure s’écoulera, au seul son de nos respirations et chuchotements accompagnés par le chant des grenouilles. La fraîcheur et la fatigue auront raison de nos ébats. Il est temps de rentrer. Tu choisis de me faire connaître un autre volet du registre français. Je me laisse bercer par la guitare bluesy de Tout était dit, tandis que tu me parle de Quand tu danses. Il m’a fallu deux semaines pour écouter celle que tu préférais.
J’ai fait la liste de ce qu’on ne sera plus
Quand tu danses, quand tu danses
Mais que deviennent les amoureux perdus
Quand tu danses, y songes-tu?
Quand tu danses, y songes-tu?
Amis non, ni amants, étrangers non plus
Quand tu danses, quand tu danses
Mais quel après, après s’être appartenus
Quand tu danses, y songes-tu?
Quand tu danses, y songes-tu?
Je crois bien que j’aurai besoin de te voir
Quand tu danses, quand tu danses
Sans te parler, ni déranger, mais te voir
Quand tu danses, y songes-tu?
Quand tu danses, y songes-tu?
Et toutes les peines, toutes, contre une seule de nos minutes
Mais n’être plus rien après tant, c’est pas juste
Quand tu danses, y songes-tu?
Quand tu danses, y songes-tu?
Et j’ai fait la liste de ce qu’on ne sera plus
Mais que deviennent les amours éperdues?
Quand tu danses, y songes-tu?
Quand tu danses, y songes-tu?
Quand tu danses (JJ Goldman, 1997, En passant)
C’est trop tôt, même si les affinités sont exceptionnelles. Même si j’ai eu un pincement au cœur en revêtant ma blouse de maîtresse à ta rencontre, toi l’homme dont je n’ai trouvé d’égal à ta tolérance, ton ouverture d’esprit et ta sensualité, l’homme avec lequel je pressentais ces affinités au bout de quelques heures seulement. Fa, tu me disais un jour en parlant de nous : tout se met en place entre nous, petit à petit, chacun des éléments les uns derrière les autres. Mais où cela va-t-il bien nous mener ?
May 10, 2006
Octobre 2005
Trompette. Le piano égrène ses premières notes, vives, rapides. Il est rejoint par la basse. Tom tom tom tom tom tom. Tu me prends la main, lèves ton bras.
Puis le rythme devient langoureux. Quinto et basse accompagnent le son aigu du cuivre. Je colle mon bassin au tien, tu es dans mon dos. Notre rythme ralentit, je frotte mes hanches contre les tiennes, tu rapproches la tête de mon cou, prêt à y déposer un baiser.
Le piano reprend le dessus, une conga basse le suit, puis la trompette. Le shakere est tonique, plus maître du rythme endiablé que la trompette qui joue à cache-cache avec les autres instruments.
C’est le signal. Le baiser sera déposé plus tard, beaucoup plus tard. Tu me fais virevolter. Nos pas s’accordent parfaitement. Avant. Arrière. À droite. À gauche. Un tour. Deux tours. Passe sur le côté, passe de l’autre côté. De nouveau collés, toi dans mon dos.
Moment sublime où la trompette se tait, ne laissant que les percus s’exprimer. Solo du quinto appuyé par la conga basse. Mon corps réagit à ces rythmes fondamentaux. Mes années de percussion me reviennent en tête. Je ne suis plus moi, je ne suis que rythme pendant ces quelques secondes. Mes épaules suivent mes hanches, mes mains descendent le long de mon corps. Guidée par ta main experte, je deviens pulsion.
Puis la trompette redonne la mélodie, et tu reprends la main en souriant. Sonorités plus civilisées, moins brutes. Sans jamais te départir de ton sourire auquel je réponds, tu te concentres sur nos mouvements. Je laisse le rythme envahir mon corps.
Nous danserons ainsi pendant longtemps. Corps collés, sueurs mélangées, frôlements, éloignements. Et ensuite nous ferons l’amour sur le même fond musical, le jeu étant de donner le plus de plaisir à l’autre. Aucun ne sera jamais gagnant. Il suffisait que l’un sente la jouissance venir pour que l’autre le rejoigne immédiatement. Accordés en amour comme dans la danse.
Tel un moine-salsero, tu voulais absolument détenir les clés de cette danse. Instinctivement j’en décelais le rythme. Tu t’acharnais sur la technique. Nous étions complémentaires. À nous deux, nous savions comment la danser, nos corps trouvaient le geste juste. Personne ne m’a jamais fait danser comme toi. Personne ne m’a jamais fait l’amour comme toi, avec ce mélange de tenue et de laissez-aller. Aweb, tu me manques.
Ce soir pour la première fois depuis six mois, j’ai remis ce disque que tu m’avais laissé. Et j’ai à nouveau dansé, mais seule cette fois-ci, t’imaginant dans mon dos, me faisant virevolter, me guidant. La fin de l’album fut le retour à une triste réalité, celle de danser sans toi.
May 7, 2006
Je viens de franchir un pas, celui de l’écriture de mon journal amoureux. Ils m’ont tous marqué, chacun à leur manière. Pour me souvenir de leur sensualité, de leurs caresses, de leur douceur et de leur force. De leurs faiblesses aussi. Pour ne pas les oublier dans un repli de mon cerveau. Pour moi aussi.