Ce 9 décembre, je n’avais rien préparé : je ne cherchais rien, je n’attendais rien. Je voulais juste m’amuser après un semestre éprouvant. Je ne faisais que danser et distiller mon savoir-faire au bar à rhum, la coupe afro signant l’origine malgré la couleur claire. L’un me tenait par la taille, l’autre par la main. Tous deux étaient charmants. L’un, brun issu d’Europe centrale, l’autre, blond nordiste aux yeux bridés de slave. C’est celui-là que j’ai choisi pour la nuit, je ne saurai jamais pourquoi. Nuit courte dans une chambre improvisée dortoir communautaire pour tous ceux qui venaient faire la fête dans ce grand nord.
Dans la noirceur du grenier, il avait laissé errer ses lèvres sur mon corps pour arriver à l’endroit où il voulait en venir, sa tête blonde sur ma toison brune. La présence de dormeurs non loin et l’action combinée, et dévastatrice chez l’homme, du rhum et de l’herbe à joie, ne nous laissaient guère de possibilités. La rapidité avec laquelle le plaisir vint ainsi que son intensité me surprirent. Désormais, je voulais aller plus loin avec celui qui s’y prenait si bien avec mon corps. Jusqu’au moment ultime où Morphée est venu nous cueillir, il chuchotait sans fin des mots au creux de mon oreille.
Le mardi suivant, c’est donc vêtue comme nous l’avions imaginé que je le retrouvais dans son antre. De 21h à 2h00, le temps a perdu de sa consistance sous l’action de ses lèvres, de ses mains et de son sexe. Organe étonnant qui passe de la mollesse à la dureté tout aussi rapidement dans un sens ou dans l’autre. Homme étonnant capable de se retenir très longtemps pour voir sa prise jouir à de multiples reprises sous ses étreintes. Presque brutal mais incapable de faire souffrir ; presque froid mais attentif ; dominant acceptant de se laisser noyer dans le plaisir ultime à ma demande.
Et toujours ces mots chuchotés à l’oreille, tels un hameçon sur l’imaginaire.
En cette veille de Noël, de retour dans le grand nord, je le revois par hasard. Son frère était là ; il ne voulait rien laisser transparaître de cette relation illégitime alors qu’il m’avait affirmé que c’était sa philosophie. Paradoxe humain, pas seulement masculin, qui veut vivre d’une certaine manière mais n’ose affronter le regard de la société. Mais tels deux aimants, nous n’étions jamais bien loin l’un de l’autre. Souvenirs tactiles d’un corps versus pensées d’un esprit plus tout à fait au diapason de ses propres interdits. Son désir était en conflit ouvert contre l’image qu’il souhaitait renvoyer, et par conséquence celle de son couple.
Le désir l’a emporté.
Nuit chaude où les mots érotiques s’envolaient à chaque fois que les corps se démêlaient. Nuit courte où le sommeil n’a réussi qu’à s’immiscer. La proximité de l’autre corps réveillait régulièrement l’un ou l’autre. Des mains engourdies caressaient lascivement le corps voisin tandis que le désir reprenait possession de l’esprit. Le magnétisme était toujours aussi vif entre nous. Pour ce désir l’emportant sur le sommeil, il m’a rappelé un autre homme. Il y a tout juste un an, le 26 décembre 2005, Aweb préférait mettre un terme à ces nuits sans fin. Il y a tout juste un an, je me suis dit qu’il valait mieux croquer les hommes plutôt que d’en attendre un quelconque espoir. Avec Marcus, j’ai rencontré deux qualités : il aime faire l’amour et le pouvoir des mots. Avec lui, j’irai peut-être en terra incognita, là où nous emmènera un imaginaire commun chuchoté entre deux étreintes.
Juliette and the licks
This I know
