January 21, 2007
Un tout
[Fa] — Calou @ 10:39 pm
Samedi, le téléphone a sonné à 9h54. Ça ne pouvait être que lui. Ma voix endormie a rencontré un grand rire, de ceux qui rendent les matins plus lumineux. Il m’a annoncé être en bas et rechercher une place pour m’éviter de descendre lui ouvrir le garage. Il est arrivé avec les croissants et les pains au chocolat.
A moitié endormie dans mon grand fauteuil rouge, je le regardais déballer son disque dur et me transférer découvertes musicales et cinématographiques. Le café coulait, emplissant la pièce de cette odeur suave, qui laisse l’esprit s’égarer au crépitement de la cafetière italienne. Il est venu près de moi et tout doucement, comme on s’imaginerait se poser sur un nuage, sa bouche a sorti de la dentelle du caraco un sein puis deux. Sa main est descendue le long du boxer puis, après quelques caresses, a franchi le voile de dentelle. Je le regardais tout en savourant ces douceurs.
J’ai ensuite aimé le voir dans la glace, debout derrière moi, ses grandes épaules dans mon dos, son grand sexe dans le mien. Je le sais capable d’attendre mon plaisir pour prendre le sien. Mais ce matin, j’avais décidé de lui en donner avant même d’en prendre, ne serait-ce que pour calmer la frustration de ne pas s’être vus depuis le 31 décembre. Avant de partir quelques jours en vacances de couple "régulier", il avait passé l’après-midi ici. Depuis, impossible de se se voir dans l’intimité.
J’ai tout mis en oeuvre pour qu’il ne tienne compte que de son plaisir. A genoux sur le fauteuil, je jouais de mon bassin comme pendant toutes ces années de danses : en haut, en bas ; à droite, à gauche ; demi-cercle d’un côté, demi-cercle de l’autre. En même temps, j’utilisais son sexe comme un piston à la recherche du mouvement parfait dans l’étui que formait le mien. Mes mains s’égaraient au niveau de ses testicules, les massant, les griffant sans laisser de traces. Les mouvements les faisaient battre contre mon clitoris, me procurant une indicible sensation accentuée par la présence de ma paume en ces lieux.
Il me disait qu’il allait jouir. Il ne faisait rien pour calmer le jeu. Il a joui dans un grand cri.
Il a bien tenté par la suite de m’amener où je l’avais déposé. Mais l’homme est rires avant tout. Et ce fut donc en riant que je m’apprêtais.
J’ai aussi aimé quand nous sommes partis déjeuner avec ses amis musiciens. L’écoute attentive de la voix de Kate Bush chantant avec un oiseau (Aerial) dans la voiture, sa main sur ma cuisse, la mienne sur son sexe. Les sourires de ses amis en arrivant. Le déjeuner et les fous rires. Ce regard final, si tendre et prometteur d’autres moments, avant que je ne parte faire la sieste.
Comme tous, comme moi, il a des défauts. Mais sa joie de vivre et les rires qu’il répand sont aussi importants que ses mille et une manières de faire l’amour. Fa est atmosphère, Fa est sensations. Fa est un tout.
We’re gonna be laughing about this. We’re gonna be dancing around. It’s gonna be so good now. It’s gonna be so good.
Oh so exiting, mmh go on and on. Every time you leave us. So summer will be gone. So you’ll never grow old to us.
…
Kate Bush. Prologue. A sky to honey. Album Aerial. 2005.
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January 17, 2007
Pas ton sexe, surtout pas ton sexe dans le mien ! Tu aurais l’impression de la tromper.
Ni ta bouche, ni ta langue ! Ça lui est désormais réservé.
Que te reste-t-il ? Tes mains ? Mais je t’en prie, fais comme chez toi. Rentre à l’intérieur, prospecte, furète, caresse. Laisse les errer dans quelques méandres noyés dans un océan de foutre.
Pendant que tu réfléchis sur la manière de prendre du plaisir sans remords, ton sexe, lui, ne s’embarrasse pas des fioritures de l’esprit. Friand de caresses et non de regrets, il aspire à retrouver des sensations déjà éprouvées. Il veut se régaler et le signale, bien haut et fort.
Il sera donc pourléché, mordillé, étiré, ratatiné par une bouche gourmande. Sur ma demande puis seulement au moment où tu l’auras décidé, il exprimera l’apogée de son plaisir. Ce sexe capable de se retenir d’habitude puisque tu as décrété que seule une femme avait le droit de recevoir cette substance blanchâtre et visqueuse qui manifeste ton extase. Pour les autres, tu ne te laisseras pas aller.
Avec ma bouche sur ton sexe, tu es sûr de ne pas avoir trompé ta promise pour cette dernière fois entre nous. Tu n’auras déposé ni sexe ni bouche dans mon Moi le plus intime ; juste deux doigts inquisiteurs incapables d’échanger nos fluides.
Sucer n’est pas tromper ? Quelle illusion !
Quelle désillusion !
Tu n’es pas le premier à agir comme ça ni le dernier. Certains de tes congénères sont mêmes passés à la postérité médiatique.
La gent masculine est pleine d’illusionnistes, leur vertu en bandoulière. Petite, il va sans dire.
January 15, 2007
Il s’appelait Patrick. Ce petit blond travaillait au magasin de bricolage du coin quand j’ai débarqué avec mon mètre et mes mesures pour faire un plan de travail. Pas causant, le bonhomme ! Mais je voyais bien dans ses yeux une petite lueur qui me plaisait bien.
Patrick est venu installer le plan de cuisine chez moi. Il a dormi dans le salon la première nuit, dans mon lit les autres. Il était sur le point de refaire sa vie professionnelle dans le sud. Notre rencontre a foutu sa vie en l’air.
Patrick se racontait des histoires. Il était amoureux et croyait que je l’étais, malgré mes avertissements dès le début de notre relation. Je voyais bien que ça n’irait pas bien loin. J’avais besoin d’un homme avec lequel je puisse discuter pendant des heures. On appelle ça refaire le monde, philosopher, ou échanger. Avec lui, ça n’était pas possible, tout simplement. Aujourd’hui, j’ai fait une croix sur le fait de faire tout ça avec un homme ; je préfère apprendre, échanger, discuter avec des hommes …
Patrick m’avait proposé de faire un bébé tout en m’annonçant qu’il venait de refuser le boulot dans le sud qui allait changer sa vie. Ça non plus, ça n’était pas possible. Je ne voulais pas le faire avec un homme dont je pressentais un avenir tel un point dans le néant. Plus le temps passait, plus Patrick tirait, seul et malgré mes dénégations, des plans sur la comète.
Patrick avait un fond dépressif du fait de son ancienne relation amoureuse qui lui avait collé des dettes pour dix ans. Il arrivait à le gérer jusqu’à ce qu’il prenne un médicament pour tenter de soigner une maladie incurable qu’il avait. Parmi les dizaines d’effets secondaires, il y avait la dépression. Il y est retourné tout doucement, tout en se mentant à lui-même. En arrêt longue maladie, il est sorti du système "social". Ne voyant plus ses collègues, il passait son temps avec des rencontres du quotidien, à titiller le cochonnet.
Etant moi-même dans une phase délicate, tentant de me reconstituer après avoir endossé le rôle du grand méchant loup qui quitte la gentille et naïve bergère avec laquelle il vit, mon compagnon d’alors dont j’avais une fille, je ne me sentais plus la force de me tenir et de le tenir. Mais surtout, je ne supportais plus qu’il se mente ainsi à lui-même. C’est ainsi que Patrick est sorti de ma vie.
Je l’ai revu deux ans plus tard. Toujours en arrêt longue maladie, il titillait le cochonnet avec ses rencontres devenues ses potes de jour dans un carré de pétanque. Sa vie tourne désormais autour d’un cochonnet au rythme des claquements de deux boules de métal.
Depuis, je refuse de déstabiliser un homme, surtout s’il se ment à lui-même ou s’il est incapable d’assumer une relation extérieure au couple qu’il construit.
Ce soir, des fleurs dont les pétales rappellent les couleurs du coucher du soleil gisent dans un pot. Dans dix jours, elles seront fanées. Le plan de cuisine, lui, sera toujours là pour me rappeler que les hommes savent si bien se raconter des histoires. Mis face à leurs incohérences, ils doivent choisir. L’honnêteté vis-à-vis d’eux-mêmes et des autres n’est pas un plus, c’est un tout. Fa est ainsi, honnête : envers sa compagne, qui sait qu’il lui arrive d’aller égarer sa langue dans d’autres lieux ; à mon encontre, avec cette seule perspective de partager quelques moments délicieux, charnels et intellectuels. Masa aussi, tout comme Mwa, sur un autre plan, celui de la distance. Les sept ans qui séparent Fa, Masa ou Mwa de Marcus font peut-être toute la différence.
Ambiance musicale : Stabat mater, Pergolese.
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January 14, 2007
Au secours ! Oui-Oui veut me revoir. Quand il m’a couru derrière dans le rue, ce vendredi, j’espérais qu’il avait un autre but. Sans façons, il m’a invité à boire un verre en me pinçant les bras, les joues puis, devant mon refus, a fait mine de me donner un coup de poing sur l’épaule. Geste fatal qui lui vaudra un refus définitif. J’ai trop pris de coups dans mon enfance pour aujourd’hui me laisser maltraiter par une grande brute.
Il a pourtant tenté … et failli réussir. Depuis le premier jour où par mégarde, j’ai commandé à celui que je prenais pour le garçon de café une noisette pour profiter de quelques rayons matinaux en terrasse, il n’a cessé de me proposer BBQ sur sa soi-disant superbe terrasse et petits cafés. J’avais cédé devant son insistance et l’avait invité chez moi, où il a ramené sa fraise avec une bouteille de champagne.
Ce soir-là, j’étais épuisée, ayant écourté la nuit précédente en compagnie de Masa. Masa, si doux, si attentionné. En comparaison, Oui-Oui est une brute épaisse doté d’un humour qui lui est propre.
Mais voilà, Oui-Oui a tout faux :
Je n’aime pas le champagne.
Je n’aime pas qu’on me pince. Qu’on me morde dans le feu de l’action, qu’on me fesse un peu si ça l’excite, pourquoi pas. Mais le pincement est prohibé, surtout sur mes parties les plus douillettes (et les plus sensibles aux caresses). Je suis douillette depuis que je suis née, ce n’est pas maintenant que ça va changer.
Je n’aime pas qu’on me parle créole alors qu’il sait mon incapacité à parler la langue de mes ancêtres et surtout les délicates relations que j’entretiens avec les Antillais venus chercher du travail en métropole. Negropolitaine je suis, puisque c’est ainsi qu’ils nous surnomment, neg’zopolitaine je reste.
Je n’ai pas besoin d’enfant supplémentaire, surtout avec ce type d’homme, bien qu’il soit un père attentif avec tous ses enfants, tous issus de mères différentes auxquelles il a accédé à un désir de maternité.
Nous partageons seulement une chose : l’amour de l’autre sexe. Ce n’est pas suffisant pour que je rentre dans le harem de Oui-Oui.
Oui-Oui avait fini dans mon lit avec l’instruction de dormir. Ce qui, je le reconnais aujourd’hui, était totalement idiot pour un homme venu avec une seule idée en tête. Devant mon refus et sa bandaison, il s’était énervé et était reparti … avec sa bouteille de champagne à moitié pleine (ou à moitié vide pour lui). A ma goujaterie, il avait répondu par la sienne.
Oui-Oui a un frère avec lequel nous avions dîné. Un frère troublant, pas seulement en lui-même, mais pour certains côtés développés dans les Caraïbes. Ce frère m’a rappelé les récits de ma mère concernant sa grand-mère, sorcière réputée.
J’ai peu de chances de revoir son frère à travers Oui-Oui. Donc ce sera un déjeuner où je mettrai les faits noir sur blanc, si l’on peut dire.
Je représente un échec pour Oui-Oui. C’est sûrement pour ça qu’il me court après.
January 6, 2007
1995
Je couvrais son secteur professionnel. Une interview fut à l’origine de notre rencontre téléphonique. Une interview qui se transforma en discussion plus intime pendant quelques semaines. Il m’excitait au téléphone, me racontant ses expériences charnelles. Lorsqu’il m’avait prévenu de sa venue sur Paris, je lui avais proposé de le rejoindre à l’hôtel. Il voulait un peu de piment, je lui suggérais le bandeau.
Tout avait été préparé avec soin. Pour mon homme, j’allais dormir chez mon amie de toujours … à quelques stations de métro du domicile qu’il n’habitait plus, faisant sa thèse à 200 km de là. S’il appelait, sa mission était de dire que je dormais déjà. Avec elle, je m’étais apprêtée. Elle et moi avions convenu que je l’appellerais après la première action.
Je rentrais dans le hall de l’hôtel un peu tremblante à l’idée de ce qui allait suivre, mais me composais une attitude assurée en passant devant le réceptionniste. Rien dans mon éducation ne m’avait préparé à un tel acte ! Il m’avait indiqué son numéro de chambre ; je m’y rendais immédiatement. Prenant une grande inspiration, je me mis un bandeau sur les cheveux puis toquais à la porte. J’entendis la porte s’ouvrir, puis sentis une main me guider à l’intérieur. « Que tu es belle ! Quels cheveux ! », furent ses seuls mots. Prenant bien soin de ne pas enlever le bandeau, il me déshabilla, m’allongea sur le lit, étala ma crinière métisse tout autour de ma tête et commença à me caresser. Sa bouche se posa sur mon sexe. Puis j’entendis la chute de vêtements au sol et le déchirement d’un emballage plastique. Les yeux toujours bandés, je me laissais pénétrer en douceur.
J’hésitais quand, allongés l’un à côté de l’autre, il me proposa d’enlever l’étole rouge qui me cachait la vue. Mes doutes sur cet homme dont je ne connaissais que la voix m’habitaient à nouveau. Et s’il ne me plaisait pas du tout ? Mais mon corps venait de me prouver le contraire. Quand il me le retira, je me trouvais face à un grand blond aux yeux clairs et souriants. Un coup de téléphone à mon amie qui se rongeait les sangs et nous recommençâmes, cette fois avec le sens visuel actif. Le sommeil fut court, mon ventre collé à son dos. Petit déjeuner coquin le lendemain matin avant de partir, chacun de notre côté.
Je pensais ne jamais le revoir.
Décembre 2005 : je reçois une enquête commandée à deux pigistes. Son nom s’y trouvait, l’une des journalistes ayant trouvé que ce qu’il avait mis en place méritait d’être porté à la connaissance de nos lecteurs. Un sourire sur les lèvres, je lisais le texte où elle détaillait cette démarche originale qu’il avait édifiée. J’avais l’impression qu’il n’avait pas changé : toujours aussi enthousiaste, iconoclaste, généreux. La photo qui accompagnait le texte me montra un homme dont les yeux avaient toujours le même sourire. Il avait juste pris quelques rides. Je me retins de l’appeler sur le champ ; en dix ans, sa vie devait être totalement différente de celle que je lui connaissais alors. Ce n’est qu’à l’envoi du numéro chez l’imprimeur que j’envoyais un courriel à toutes les personnes interviewées dans cette enquête. Sobre, bref, mon message leur demandait leurs coordonnées postales pour leur envoyer le numéro à sa parution.
Trente secondes plus tard, j’avais un appel.
« As-tu toujours ces cheveux magnifiques ? », furent ses premiers mots. « Non, j’ai tout coupé ! Le regrettes-tu ? ». La voix était identique, la malice perçant chaque mot. Pendant les dix minutes qui suivirent, il s’enquit de ma situation, prudemment, comme pour éviter l’impair. Séparée du père de ma fille, ayant parcouru monts et vaux pour revenir à mon point de départ, je correspondais à l’attente de cet incurable libertin, divorcé par deux fois, avec la garde partagée de ses deux enfants auxquels il tenait par-dessus tout. Le soir même, je lui envoyais une photo. Le bandeau rouge n’était plus sur mes yeux, mais enroulé autour de ma tête. C’était ainsi que je me présentais depuis 2002 dans chaque éditorial du magazine. Une série de textos dans les jours qui ont suivi et trois tentatives pour conjurer la distance n’ont pas réussi à nous rapprocher. Mais le souvenir de notre soirée reste en nous. Ce n’est qu’une question de dates.