Calou et ses Loulous

February 24, 2007

La surprise [Fa] — Calou @ 2:33 pm

Fa m’a dit : "je t’emmène à une surprise".

Le connaissant, il ne pouvait s’agir que d’un concert. Jusqu’au dernier moment, j’ai fermé les yeux. Devant le Sunset, j’ai lu le nom sur l’affiche.

J’ai pensé : "Fa se fait plaisir, c’est l’un de ses guitaristes préférés". Deux possibilités s’offraient à moi. Soit je redevenais la Calou d’il y a dix ans. Moue, Boudin et Cie pour marquer ma déception et mon désaccord sur le choix de ma surprise. Soit je restais la Calou actuelle. Les boutons Empathie pour lui et Observation des autres poussés au maximum, comme le volume sur un chaîne. Et passer une bonne soirée dans ce cadre.

Alors je suis restée telle quelle. Les nombreux et bons moments que nous passons valent bien quelques moments inespérés.

Et je me suis rappelée ce concert, le premier où je suis allée La voir. Nous n’étions plus ensemble mais, faute d’avoir eu le temps de trouver un second logis, nous habitions encore ensemble dans ce three-bedroom apartment de Spanish Harlem. Pour le dernier jour de l’an 0 (l’an -10 en 1992 ; l’an +6 en 2007), il m’avait dit "je t’emmène à une surprise". Jusqu’à ce que j’entende sa voix déclamer un poème, je ne savais pas qui j’allais écouter. J’avais grimpé les escaliers à toute vitesse pour arriver devant la scène, devant Elle dont la voix m’a porté pendant toutes ces d’années.

C’était une vraie surprise. De celle dont on ressort émue, baignée d’émotions tant pour l’artiste que pour celui qui avait fait le cadeau. Ma décision, jusqu’ici irrévocable, avait été ébranlée dans ses fondations. Mais lui savait désormais que ça n’était plus possible, d’autant qu’une autre, plus tendre et affectueuse, occupait ses pensées.

Le père de notre fille était de ceux qui s’oublient pour faire plaisir aux autres. En le quittant, je me demande si je ne lui ai pas pris un peu de ce travers. Autrefois, Fa avait failli perdre son âme à force d’empathie pour les autres. Il avait appris à la préserver, m’avait-il expliqué.

 

L’exercice est délicat. 

 

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February 16, 2007

13 [Mwa] — Calou @ 9:39 pm

Paris 

Voie 13 au départ. Voiture 13 à l’aller. Le bouchon joue de sa console tandis que, comme d’habitude, je suis terrassée par la fatigue. La fenêtre et mon cuir seront mes compagnons pour ce voyage. Je n’entends pas son appel.

Ce chiffre 13. Mes parents sont tous les deux nés un 13. Le père du bouchon aussi. Jusqu’à ce que je vole de mes propres ailes, j’ai toujours habité un 13 ou un 26. 

Lille

Quai 44 au retour. Voiture 13. C’est le même contrôleur qui sourit en me voyant. Joli garçon, mais mes pensées sont ailleurs. J’ai eu un message brouillé par un haut-parleur hurlant dans le téléphone. "hey it’s me. we’re still in the states… I still want to get in the eurostar tomorrow. we’ll be in Paris at 2.00 pm. I don’t know if it’s gonna work. Waouh. I’ll call you back".

Il a l’air éreinté. Quand je le rappelle, il m’explique que son vol pour Londres a été annulé par United. Qu’il a sauté dans un avion pour la Pennsylvanie. Là il apprend que son vol pour Paris (American) est annulé. Il va partir pour Chicago, il me dit qu’il a un vol à 17h, il veut être à Paris avant de partir au Kenya qu’il fera découvrir pour la première fois à son fils.

24 petites heures ensemble. Son fils veut voir la tour Eiffel ; il la verra, j’ai promis. Il y a une exposition sur les trésors engloutis égyptiens au Grand Palais, ça devrait lui plaire aussi. Le petit M. est comme mon bouchon : curieux, ouvert, facile à vivre. Il tient de son père. Le bouchon m’a demandé de l’embrasser. "Embrasser, vraiment ?", lui ai-je demandé. Elle a insisté, elle avait tellement joué avec le petit M. l’été dernier qu’elle en a gardé un excellent souvenir. Ils construisaient des châteaux : de sable, pas encore d’Espagne. Alors même si elle n’embrasse pas (encore) les garçons, celui-ci fait figure d’exception.

Ce dont nous rêvons : trois ans que nous parlons d’une semaine tous les deux dans une capitale européenne. Ce que nous faisons : 24 petites heures ensemble que nous nous offrons tous les ans, dans des conditions jamais idéales. Quelques heures nocturnes pour se coller l’un à l’autre, pour échanger nos idées sur tout et sur rien : la marche du monde, les différences culturelles, les questions de couleurs, les pressions professionnelles, comment être a dedicated father or mother, nos amants et amantes respectives …

Depuis ce vol transatlantique début 2002 où Mwa m’a abordé, nous savons qu’il nous sera impossible de vivre ensemble. Etre des dedicated parents en garde partagée pour lui, à 4/5e pour moi, le tout à 6000 km l’un de l’autre ne facilite pas la tâche. Mais quand il m’annonce que dans son vol (initial) New York - London - Nairobi, il a prévu 24 h sur Paris, le reste s’efface. Cette semaine, Fa m’appelle plus souvent pour que nous passions du temps pendant les vacances scolaires, tandis que Madame et les enfants sont en vacances ailleurs. Fa attendra dimanche que mon petit homme chocolat soit reparti pour Londres. Mon petit homme chocolat : son long sexe, effilé comme un sabre et son esprit, affuté comme une lame.

 

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