May 26, 2007
C’est une petite ville de la Meuse. 5000 habitants dans ce qui fut autrefois un bassin de l’emploi. Trois entreprises en tout et pour tout. La ville vit désormais sur son passé, comme ce sépulcre en restauration dans une église totalement désaffectée.
Fid est le directeur général délégué de la première entreprise de cette petite ville. Je l’avais rencontré en 2002. Il m’avait avoué, entre deux verres de rhum, son intérêt pour les filles métisses. Il accueillait ces dames avec un baise-main et s’exprimait dans un français châtié dont on sentait qu’il avait été acquis sur les bancs d’une très bonne école. Au fur et à mesure des années, je l’avais revu sur plusieurs salons. Toujours courtois et l’oeil vif.
Mais un annonceur n’est jamais un bon amant.
Nous avons passé ce mercredi ensemble à visiter l’usine, en interview de lui et de son grand frère, Pdg du groupe, puisque cette usine ne représente qu’une partie de leurs actifs. Le frangin a fait une grande école technique. Il a l’air d’un industriel de province. Bon époux, bon père, bon travailleur. Fid n’a jamais terminé l’école de commerce qu’il avait commencé. Il le dit lui-même, c’est un fils à papa. Mais un fils à papa qui ne s’est pas contenté de vivre sur les subsides paternelles. De 7 h du matin à 21h, il travaille. Il passe le reste de son temps à jouir de la vie.
A l’aller, nous discutions de nos enfants respectifs, ces enfants de couples séparés dont les parents font passer l’intérêt de l’enfant avant le leur. Au retour, il évoquait avec un air coquin les polissonneries à faire dans un train. Et quand est passée une escouade de policiers, il a juste dit "ils ne se déplaceront pas si je te viole". Je lui ai répondu : "nous regarder les intéresserait plus que de nous arrêter".
J’ai préféré dormir ensuite contre la vitre. Je suis sûre que ce grand queutard a une bite molle.
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May 21, 2007
Est-il possible de perdre sa féminité ? Cette question me taraudait l’autre nuit, jusqu’à me priver de sommeil jusqu’à l’aube.
Féminité : être mère ; être femme. Dans mes pensées, c’est du second dont il s’agissait. Ecrire avant ce mot un préfixe privatif : aféminine, inféminine.
Ça ne doit pas être si difficile. Car après tout, une grande partie de la féminité se reflète dans le regard de l’autre, ou plutôt des autres. Il s’agit donc de devenir invisible pour l’autre genre humain. Pour cela, il suffit de perdre tous les attributs, naturels ou artificiels, que l’on porte au quotidien. Artificiels, tel le maquillage, aussi léger soit-il, tels aussi ces atours choisis avec plus ou moins de soins et dont on se pare, vêtements, chaussures, bijoux. Naturels, c’est oublier l’existence même de son corps. Le laisser se déformer ou bien ne l’entretenir qu’au minimum, pour des raisons médicales. Ne plus le toucher ni le caresser. Se dire qu’il n’a qu’une fonction utilitaire.
C’est aussi ne plus séduire. Chaque femme a une manière bien à elle d’entamer le jeu de la séduction. La main allumant la cigarette peut se faire plus lascive, les yeux alternant entre douce moquerie et éclats de rire, le corps légèrement penché en avant. Oublier ces attitudes, tout cela. Faire rentrer les hommes dans un no man’s land où l’on n’irait plus.
Est-ce vraiment possible ? Je pense que oui.
Le ferais-je ? En écrivant ces lignes, je repense à cette femme qui l’a fait. Le souvenir de mon ex belle-mère ne me donne brusquement plus envie de lancer cette expérience. Et pourtant, c’est tentant de jouer l’apprentie sorcière sur ce terrain où se mélangent les relations sociales, amoureuses et la perception de l’autre, des autres. Et aussi de voir où sont les limites, si tant est qu’elles existent.
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May 15, 2007
Aveugle
[Fa] — Calou @ 11:35 am
C’est toujours intéressant de voir à quel point il est possible de s’aveugler soi-même. Fa a répondu à mon message de rupture au bout de deux semaines et seulement après, la coïncidence est troublante, qu’un de ses amis m’ait appelé pour un concert. L’une de ses réponses m’a fait rire, initialement, puis me désoler par la suite sur son aveuglement.
Ainsi donc il ne m’aurait jamais invité à venir chez lui pour dormir et baiser dans le lit conjugal mais pour faire de la musique et voir des films sur son grand écran ! S’il a déjà oublié que regarder des films ne m’intéresse pas, sur grand écran encore moins, il est encore plus surprenant qu’il ait oublié les quelques fois où il me demandait de venir dormir chez lui eux. Aussi le fait qu’il omette de penser qu’après le cinéma ou le studio de musique, et vu la distance qui sépare nos deux domiciles, le plus facile serait pour moi de rester dormir. Et le canapé du salon ne me paraît pas être le lieu le plus confortable qu’il soit !
Intéressant n’est pas le mot, fascinant dussé-je écrire. Comment peut-il se mentir ainsi ? Ou alors c’est moi qui suis devenue trop lucide sur mes "forces et faiblesses", le statut de l’une ou de l’autre ne se faisant que par rapport à un référentiel : chez moi, chez l’homme en face.
Finalement c’est peut-être mieux d’être aveugle. Victime aussi. C’est bien d’être une victime aveugle. Jamais la victime n’endossera la responsabilité d’une rupture, jamais ne se remettra-t-elle en cause. Le monde n’est-il pas plus simple ainsi ?
Ça me semble malheureusement difficile de revenir en arrière. Dommage ! Car à choisir, j’aurais peut-être finalement préféré vivre dans l’ignorance. Beati pauperes spiritu disaient les anciens.
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May 13, 2007
Je reproduis ici un article du psychiatre et psychologue Serge Hefez.
…/…
Et pourtant ma pratique de thérapeute de couple auprès des gens normaux m’indique une banalisation vertigineuse des divorces et des séparations. Durée de vie moyenne d’un couple en région parisienne, avec ou sans enfant : trois ans et demi !
Ainsi Cécile et Thomas qui viennent récemment me consulter après avoir pris la décision de se séparer. Tous deux âgés de trente-cinq ans, en couple depuis huit ans, ils sont parents d’un petit garçon de cinq ans, et souhaitent selon leurs propres termes «lui éviter tout traumatisme lié à cette séparation». Ils veulent également s’informer : «Nous avons opté pour une garde alternée et nous voudrions savoir si c’est, comme on le dit, contraire à l’épanouissement de notre enfant.» Ils sont sympathiques et enjoués, passionnés par leur travail, l’un dans l’audiovisuel, l’autre dans l’enseignement, semblent d’accord sur tout, chacun complétant les phrases commencées par son conjoint.
Mais pourquoi diable se séparent-ils ?!
Leur rencontre fut un véritable coup de foudre suivi d’une intense relation passionnelle. Ils plaquent leur travail et partent pendant deux ans «faire la route», pour un tour du monde enchanteur. De retour en France, ils reprennent sans difficulté leur vie professionnelle, trouvent un logement et décident au bout d’un an d’avoir un enfant. Le petit Théo achève de combler leur bonheur ; ils fondent avec lui une famille idéale, emmènent leur «petit bout» partout dans leur cercle d’amis, partagent équitablement les tâches de la vie quotidienne. Et puis ?
Et puis, «la vie reprend le dessus»… Les câlins, les petites attentions se font plus rares… Ô, pas de crises, bien sûr, mais un quotidien qui s’étire avec monotonie, les courses, le petit à aller chercher à l’école… Chacun investit davantage son travail, chacun songe à l’avenir avec appréhension : «Ça ne serait que cela la vie, ce petit bonheur tiède et étriqué ?»
Cécile tente une aventure lors d’un déplacement professionnel, et avoue immédiatement cette infidélité à Thomas car «il est hors de question de lui cacher quoi ce soit» ; celui-ci reconnaît un peu penaud qu’il s’est «laissé tenter» à une ou deux reprises… Ils se confient leur désarroi, leur désir intense de vivre d’autres passions, d’autres rêves, d’autres voyages… Et c’est sans la moindre larme, sans la moindre dispute, mais dans la certitude de faire au mieux pour le bonheur de chacun qu’ils décident cette séparation.
Ce couple si tranquille m’a, je vous l’avoue, profondément troublé car il illustre plus qu’un autre à quel point la conjugalité s’est irrémédiablement décollée de la parentalité. L’amour a pris une dimension mystique. En transcendant les individus, la véritable passion se doit d’ignorer la contrainte, l’usure, la critique ou la transformation. Les idoles jeunes et bronzées à perpétuité qui habitent les couvertures des magazines people au bras d’un conjoint renouvelable chaque année ont largement fait école.
Ce qui me revient comme un leitmotiv dans les thérapies conjugales est cette exigence de liberté, cette injonction à être soi, ce rêve mythique d’un individu souverain, seul maître de son destin.
Dans ce contexte, la représentation du contrat conjugal a complètement changé. En quelques années, nous sommes passés du CDI au CDD : l’idée même de la séparation fait partie du contrat initial comme une figure moderne du destin. Les forces centrifuges qui disloquent les couples s’opposent aux forces centripètes qui soudent chaque parent individualisé à «son» ou à «ses» enfants dans un lien d’identification projective surinvesti et anxieux. Et l’injonction «ne restez pas ensemble pour les enfants, ils en souffriront plus tard» a amplement été assimilée. Mais jusqu’à quel point … ?
Entendons-nous bien : je n’ai aucune nostalgie pour une époque où le divorce était interdit ou scandaleux, les mariages arrangés, la vie familiale confinée et étouffante, et où les enfants souffraient du poids de haines conjugales féroces. Et nous avons sûrement à nous remonter les manches pour sécuriser toutes les nouvelles formes de vie familiale dans lesquelles des enfants grandissent au contact de plusieurs foyers et d’une multitude de parents référents.
Mais confronté comme je le suis au quotidien à cette extraordinaire fragilité des relations de couple, à cette impossibilité à supporter la moindre contrainte institutionnelle, je me demande souvent si le mouvement de fond, la logique de l’individualisme et de la poursuite éperdue du bonheur ne mène pas simplement à l’impasse de l’obsession narcissique, de la gratification immédiate, du désir inquiet et perpétuellement inassouvi.
• Serge Hefez •
Ici pour lire le début de l’article et les commentaires.
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May 9, 2007
Quand il m’a annoncé vouloir arrêter, ce 25 décembre 2005 au soir, il disait vouloir entrer en dépression seul. Longtemps je me suis moquée intérieurement de lui. Il souhaitait rentrer en dépression comme dans un couvent, sa chasteté en bandoulière ?
Maintenant, je comprends ce qu’il voulait dire.
Faire le vide autour de soi est le plus sûr moyen d’arriver à la margelle du puits. Plonger dedans est la manière la plus certaine de pouvoir en ressortir. Date et état de sortie indéterminés.
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May 3, 2007
24 mars 2006 - 3 mai 2007.
L’ère Fa s’achève sur la vision d’un cochon rose géant volant dans les airs, antimilitariste et accompagné des rifs des guitaristes aux côtés de Roger Waters.
La fille derrière qui se croyait dans sa salle de bains et chantonnait tout fort. La proximité du cracheur (bruyant) de fumée. Fa qui avait insisté pour que je prenne la place alors qu’il venait avec femme et enfant.
La touche de trop. L’erreur à ne pas commettre. La faute de goût d’un bonhomme qui dit respecter sa femme au point de rentrer dormir chez lui quand elle est là … mais qui veut baiser dans leur lit et amène sa maîtresse en concert en même temps que sa moitié.
Je ne représente qu’une virgule dans sa vie, lui de même dans la mienne.
Et puis ça lui sera agréable de séduire à nouveau une autre femme. La séduction est le moment le plus agréable, le reste n’est que foutaises.
Et puis merde, je n’arrive même pas à télécharger le cochon. Preuve que tout fout le camp.