Il est fragile, très fragile.
Sans arrêt, son esprit oscille entre raison et déraison. Quand il se présente à une femme encore inconnue, il lui dit : « je suis fou ».
Sa fragilité lui ouvre des portes. Celle tapie tout au fond du corps qui lui fait face ne lui échappe pas. Après l’amour, ses premiers mots arrachent de grandes écailles du vernis qui la recouvre.
Il est grand, très grand.
Mon corps se colle sur le sien sans que cela ne le gêne aucunement. Allongé sur le ventre, le nez chatouillé par la douceur de la taie, il jette encore quelques uns de ces mots dont il ignore le pouvoir.
Silencieuse, je me fais plus lourde. Mes seins s’écrasent contre son dos, mes hanches contre les siennes. Mes bras recouvrent les siens. Je sens nos os se rejoindre.
Je l’imagine capituler, étouffé. Je le crois sans souffle, incapable de murmurer le moindre mot. Je veux qu’il se taise. J’ai peur de ce qu’il va mettre à jour.
Efforts vains !
Alors je m’abandonne à un sentiment de sécurité longtemps recherché, presque jamais trouvé. Le plaisir de sentir la femme cachée derrière un paravent, posé là tel un trompe-l’œil par la maîtresse. Cette femme-là peut poser sa tête sur l’épaule de l’homme en dessous d’elle.
Mais pas pour longtemps, car tout ceci n’est qu’artifice. C’est lui le plus fragile, pas moi.
