Ce vendredi soir, je me sens miséreuse. Deux semaines se sont écoulées depuis ce week-end en baie de Somme. Un samedi occupé pour moitié à faire l’amour dans un bungalow en bois, sur un terrain rempli de bungalows vides, pour l’autre moitié à contempler les mouettes et le sable, puis savourer un chocolat au chaud. Un dimanche passé à rire, embrasser, chatouiller, vibrer sous sa langue ou son sexe dans le mien. Un week-end complété par une après-midi de plaisirs trois jours plus tard.
En fait, je suis en état caractérisé de manque : de ces plaisirs qui me droguent.
Ce week-end, je suis libre, lui aussi. Et pourtant, je sais qu’il ne l’est pas tout à fait. Il est avec une autre femme. Fondamentalement, ça ne me dérange pas, la règle était claire des deux côtés. Sauf que j’ai envie de recommencer ces moments d’abandon manifestes. Je ne suis pas jalouse et encore moins exclusive. Je suis égocentrique.
Et pourtant, je sais que je joue avec le feu. Ces moments de plaisirs sont rares. Peu d’amants sont parvenus à me placer dans un tel état. Seuls Aweb et, dans une ridicule petite mesure, Ja, m’ont apporté ces sentiments : être à la fois panthère et chatte. Chasser puis croquer l’autre pour ensuite se lover au creux de son corps. Sentir que mon corps est un monde de sensualité que révèle l’homme, que mon âme est enfin en paix. Cette âme qui peut enfin se mettre à nu en sa présence. Une âme qui souffre quand un abandon d’une autre nature vient de l’autre côté.
Ce vendredi soir, je pense très sérieusement au sevrage. Mais le week-end et les deux semaines qui le suivent, vacances scolaires obligent, constituent un sevrage en soi. Goût du risque (de se crasher dans un mur) ou faiblesse de la chair ? Il m’est ausi difficile de couper le lien qui me relie à ce plaisir, d’autant que nous sommes tous les deux en accord sur ce point et sur bien d’autres.
Il va me falloir gérer ces états de manque.
Direction : la cuisine, où des filets de hareng saur accompagnés d’une petite salade retravaillée d’endive et suivis de mangue au sirop de sucre de canne m’apporteront d’autres plaisirs. Le vin m’aidera à oublier le manque, la cigarette herbeuse à dormir en paix.
Ne pas d’appeler un autre à la rescousse. Ce serait faire déshonneur à ses qualités.
