Il y a de ces blessures qui ne se refermeront jamais. Des blessures faites par des hommes en lesquels on a cru, que l’on a aimés passionnément, avec lesquels on a fait l’amour avec adoration.
De ces hommes dont les propres blessures sont trop profondes pour être refermées par une seule femme. Dont les douleurs sont trop intenses, pour être apaisées par des baisers et des caresses.
Violine était de ceux-là. Il voulait connaître la folie au quotidien ce qui lui aurait permis, pensait-il,d’échapper à son destin de fils de bonne famille, castré par une mère qui n’en était plus une.
De la folie, il désirait en introduire un zeste dans sa vie. Mais sa rencontre avec une reine du genre a changé son quotidien. Le mirage qu’elle lui tendait était tellement à l’image de ce dont il rêvait qu’il a plongé dans ces eaux troubles. L’illusionniste était elle-même persuadée de la vérité de cet univers qu’elle avait créé de toutes pièces.
Il y a plus d’un an, au moment où il tentait de sortir de ce rêve sans fin dans lequel il s’était fourvoyé, nous nous sommes aimés. Mais, au moment où j’avais le plus besoin de lui, quand ma sœur décidait, sans succès, de rejoindre le royaume des ombres, il est parti rejoindre celle qui lui promettait un monde meilleur.
Nous nous sommes retrouvés en août. Il nous semblait que c’était hier. Tout était pareil. Même plaisir d’être ensemble, même intensité dans l’amour. Je suis tombée dans des abîmes quand il m’a indiqué être retourné auprès de sa reine après avoir pensé qu’il n’était que l’un de mes nombreux amants. Je lui ai dit ce que je peine toujours à dire aux hommes les plus valeureux, ce avec lesquels j’aimerais partager un bout de route.
Quelques jours plus tard, la reine de pique, toujours sur le trône, a fouillé les effets de son roi. Elle a trouvé une empreinte, maigre trace de notre rencontre, sans que rien ne soit écrit sur les soupirs échangés la nuit.
Elle a pleuré mais surtout menacé, proféré le pire à mon encontre. Le fou de la reine a pris peur. Il a surtout été lâche. Envers elle, envers moi. Depuis ce temps, mon sac cache la photo de la damoiselle et ses coordonnées. Juste au cas où l’illusion ne lui suffirait plus.
En janvier de cette année, nous nous sommes revus aux fêtes dispensées par notre grande entreprise publique. Il était toujours là, derrière moi. Ma froideur le décourageait à peine. Une heure après son départ, je reçus un texto : « Je suis vraiment peiné que nos relations soient devenues aussi froides et formelles. Mais je sais que tout est de ma faute. Je voudrais le beurre et l’argent du beurre … et la jolie crémière métisse. Je suis trop ambivalent. Néanmoins je te promets que si j’arrive à quitter mon dragon, je t’aimerais comme un damné. Et c’est pas que des conneries. Bises, je te souhaite de trouver ce que tu cherches. » D’amour, je suis passé au sentiment de mépris tant je savais qu’il ne pouvait sortir des emprises de sa reine folle et face à l’illusion qu’il avait lui aussi fini par se parer.
Ce vendredi 6 mars, à 9h26, Violine m’a envoyé ces quelques mots : Je voulais juste t’envoyer un petit mot pour te demander d’accepter toutes mes excuses pour le mal que je t’ai fait en 2008. Bonne continuation et plein de bonheur.
Il m’a fallu tant de mois pour ne plus rêver à lui. En lisant ce message, la douleur revient. Vive, profonde. Purulente. Il faudra pourtant apprendre à vivre avec. Ma raison me dit qu’elle s’atténuera d’elle-même.
Sur la platine, Alain Bashung chante merveilleusement une adaptation de Suzanne, de Léonard Cohen. Album Bleu Pétrole. Et dit aussi qu’aucun amant ne livre la même humeur dans son Hier à Sousse.
