Calou et ses Loulous

May 9, 2007

Le puits [Aweb] — Calou @ 7:59 pm

Quand il m’a annoncé vouloir arrêter, ce 25 décembre 2005 au soir, il disait vouloir entrer en dépression seul. Longtemps je me suis moquée intérieurement de lui. Il souhaitait rentrer en dépression comme dans un couvent, sa chasteté en bandoulière ?

Maintenant, je comprends ce qu’il voulait dire.

Faire le vide autour de soi est le plus sûr moyen d’arriver à la margelle du puits. Plonger dedans est la manière la plus certaine de pouvoir en ressortir. Date et état de sortie indéterminés.

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May 10, 2006

Brujo de arjona [Aweb] — Calou @ 7:55 pm

Octobre 2005 

Trompette. Le piano égrène ses premières notes, vives, rapides. Il est rejoint par la basse. Tom tom tom tom tom tom. Tu me prends la main, lèves ton bras.

Puis le rythme devient langoureux. Quinto et basse accompagnent le son aigu du cuivre. Je colle mon bassin au tien, tu es dans mon dos. Notre rythme ralentit, je frotte mes hanches contre les tiennes, tu rapproches la tête de mon cou, prêt à y déposer un baiser.

Le piano reprend le dessus, une conga basse le suit, puis la trompette. Le shakere est tonique, plus maître du rythme endiablé que la trompette qui joue à cache-cache avec les autres instruments.
C’est le signal. Le baiser sera déposé plus tard, beaucoup plus tard. Tu me fais virevolter. Nos pas s’accordent parfaitement. Avant. Arrière. À droite. À gauche. Un tour. Deux tours. Passe sur le côté, passe de l’autre côté. De nouveau collés, toi dans mon dos.

Moment sublime où la trompette se tait, ne laissant que les percus s’exprimer. Solo du quinto appuyé par la conga basse. Mon corps réagit à ces rythmes fondamentaux. Mes années de percussion me reviennent en tête. Je ne suis plus moi, je ne suis que rythme pendant ces quelques secondes. Mes épaules suivent mes hanches, mes mains descendent le long de mon corps. Guidée par ta main experte, je deviens pulsion.

Puis la trompette redonne la mélodie, et tu reprends la main en souriant. Sonorités plus civilisées, moins brutes. Sans jamais te départir de ton sourire auquel je réponds, tu te concentres sur nos mouvements. Je laisse le rythme envahir mon corps.
Nous danserons ainsi pendant longtemps. Corps collés, sueurs mélangées, frôlements, éloignements. Et ensuite nous ferons l’amour sur le même fond musical, le jeu étant de donner le plus de plaisir à l’autre. Aucun ne sera jamais gagnant. Il suffisait que l’un sente la jouissance venir pour que l’autre le rejoigne immédiatement. Accordés en amour comme dans la danse.

Tel un moine-salsero, tu voulais absolument détenir les clés de cette danse. Instinctivement j’en décelais le rythme. Tu t’acharnais sur la technique. Nous étions complémentaires. À nous deux, nous savions comment la danser, nos corps trouvaient le geste juste. Personne ne m’a jamais fait danser comme toi. Personne ne m’a jamais fait l’amour comme toi, avec ce mélange de tenue et de laissez-aller. Aweb, tu me manques.

Ce soir pour la première fois depuis six mois, j’ai remis ce disque que tu m’avais laissé. Et j’ai à nouveau dansé, mais seule cette fois-ci, t’imaginant dans mon dos, me faisant virevolter, me guidant. La fin de l’album fut le retour à une triste réalité, celle de danser sans toi.

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