January 17, 2007
Pas ton sexe, surtout pas ton sexe dans le mien ! Tu aurais l’impression de la tromper.
Ni ta bouche, ni ta langue ! Ça lui est désormais réservé.
Que te reste-t-il ? Tes mains ? Mais je t’en prie, fais comme chez toi. Rentre à l’intérieur, prospecte, furète, caresse. Laisse les errer dans quelques méandres noyés dans un océan de foutre.
Pendant que tu réfléchis sur la manière de prendre du plaisir sans remords, ton sexe, lui, ne s’embarrasse pas des fioritures de l’esprit. Friand de caresses et non de regrets, il aspire à retrouver des sensations déjà éprouvées. Il veut se régaler et le signale, bien haut et fort.
Il sera donc pourléché, mordillé, étiré, ratatiné par une bouche gourmande. Sur ma demande puis seulement au moment où tu l’auras décidé, il exprimera l’apogée de son plaisir. Ce sexe capable de se retenir d’habitude puisque tu as décrété que seule une femme avait le droit de recevoir cette substance blanchâtre et visqueuse qui manifeste ton extase. Pour les autres, tu ne te laisseras pas aller.
Avec ma bouche sur ton sexe, tu es sûr de ne pas avoir trompé ta promise pour cette dernière fois entre nous. Tu n’auras déposé ni sexe ni bouche dans mon Moi le plus intime ; juste deux doigts inquisiteurs incapables d’échanger nos fluides.
Sucer n’est pas tromper ? Quelle illusion !
Quelle désillusion !
Tu n’es pas le premier à agir comme ça ni le dernier. Certains de tes congénères sont mêmes passés à la postérité médiatique.
La gent masculine est pleine d’illusionnistes, leur vertu en bandoulière. Petite, il va sans dire.
January 15, 2007
Il s’appelait Patrick. Ce petit blond travaillait au magasin de bricolage du coin quand j’ai débarqué avec mon mètre et mes mesures pour faire un plan de travail. Pas causant, le bonhomme ! Mais je voyais bien dans ses yeux une petite lueur qui me plaisait bien.
Patrick est venu installer le plan de cuisine chez moi. Il a dormi dans le salon la première nuit, dans mon lit les autres. Il était sur le point de refaire sa vie professionnelle dans le sud. Notre rencontre a foutu sa vie en l’air.
Patrick se racontait des histoires. Il était amoureux et croyait que je l’étais, malgré mes avertissements dès le début de notre relation. Je voyais bien que ça n’irait pas bien loin. J’avais besoin d’un homme avec lequel je puisse discuter pendant des heures. On appelle ça refaire le monde, philosopher, ou échanger. Avec lui, ça n’était pas possible, tout simplement. Aujourd’hui, j’ai fait une croix sur le fait de faire tout ça avec un homme ; je préfère apprendre, échanger, discuter avec des hommes …
Patrick m’avait proposé de faire un bébé tout en m’annonçant qu’il venait de refuser le boulot dans le sud qui allait changer sa vie. Ça non plus, ça n’était pas possible. Je ne voulais pas le faire avec un homme dont je pressentais un avenir tel un point dans le néant. Plus le temps passait, plus Patrick tirait, seul et malgré mes dénégations, des plans sur la comète.
Patrick avait un fond dépressif du fait de son ancienne relation amoureuse qui lui avait collé des dettes pour dix ans. Il arrivait à le gérer jusqu’à ce qu’il prenne un médicament pour tenter de soigner une maladie incurable qu’il avait. Parmi les dizaines d’effets secondaires, il y avait la dépression. Il y est retourné tout doucement, tout en se mentant à lui-même. En arrêt longue maladie, il est sorti du système "social". Ne voyant plus ses collègues, il passait son temps avec des rencontres du quotidien, à titiller le cochonnet.
Etant moi-même dans une phase délicate, tentant de me reconstituer après avoir endossé le rôle du grand méchant loup qui quitte la gentille et naïve bergère avec laquelle il vit, mon compagnon d’alors dont j’avais une fille, je ne me sentais plus la force de me tenir et de le tenir. Mais surtout, je ne supportais plus qu’il se mente ainsi à lui-même. C’est ainsi que Patrick est sorti de ma vie.
Je l’ai revu deux ans plus tard. Toujours en arrêt longue maladie, il titillait le cochonnet avec ses rencontres devenues ses potes de jour dans un carré de pétanque. Sa vie tourne désormais autour d’un cochonnet au rythme des claquements de deux boules de métal.
Depuis, je refuse de déstabiliser un homme, surtout s’il se ment à lui-même ou s’il est incapable d’assumer une relation extérieure au couple qu’il construit.
Ce soir, des fleurs dont les pétales rappellent les couleurs du coucher du soleil gisent dans un pot. Dans dix jours, elles seront fanées. Le plan de cuisine, lui, sera toujours là pour me rappeler que les hommes savent si bien se raconter des histoires. Mis face à leurs incohérences, ils doivent choisir. L’honnêteté vis-à-vis d’eux-mêmes et des autres n’est pas un plus, c’est un tout. Fa est ainsi, honnête : envers sa compagne, qui sait qu’il lui arrive d’aller égarer sa langue dans d’autres lieux ; à mon encontre, avec cette seule perspective de partager quelques moments délicieux, charnels et intellectuels. Masa aussi, tout comme Mwa, sur un autre plan, celui de la distance. Les sept ans qui séparent Fa, Masa ou Mwa de Marcus font peut-être toute la différence.
Ambiance musicale : Stabat mater, Pergolese.
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December 26, 2006
Ce 9 décembre, je n’avais rien préparé : je ne cherchais rien, je n’attendais rien. Je voulais juste m’amuser après un semestre éprouvant. Je ne faisais que danser et distiller mon savoir-faire au bar à rhum, la coupe afro signant l’origine malgré la couleur claire. L’un me tenait par la taille, l’autre par la main. Tous deux étaient charmants. L’un, brun issu d’Europe centrale, l’autre, blond nordiste aux yeux bridés de slave. C’est celui-là que j’ai choisi pour la nuit, je ne saurai jamais pourquoi. Nuit courte dans une chambre improvisée dortoir communautaire pour tous ceux qui venaient faire la fête dans ce grand nord.
Dans la noirceur du grenier, il avait laissé errer ses lèvres sur mon corps pour arriver à l’endroit où il voulait en venir, sa tête blonde sur ma toison brune. La présence de dormeurs non loin et l’action combinée, et dévastatrice chez l’homme, du rhum et de l’herbe à joie, ne nous laissaient guère de possibilités. La rapidité avec laquelle le plaisir vint ainsi que son intensité me surprirent. Désormais, je voulais aller plus loin avec celui qui s’y prenait si bien avec mon corps. Jusqu’au moment ultime où Morphée est venu nous cueillir, il chuchotait sans fin des mots au creux de mon oreille.
Le mardi suivant, c’est donc vêtue comme nous l’avions imaginé que je le retrouvais dans son antre. De 21h à 2h00, le temps a perdu de sa consistance sous l’action de ses lèvres, de ses mains et de son sexe. Organe étonnant qui passe de la mollesse à la dureté tout aussi rapidement dans un sens ou dans l’autre. Homme étonnant capable de se retenir très longtemps pour voir sa prise jouir à de multiples reprises sous ses étreintes. Presque brutal mais incapable de faire souffrir ; presque froid mais attentif ; dominant acceptant de se laisser noyer dans le plaisir ultime à ma demande.
Et toujours ces mots chuchotés à l’oreille, tels un hameçon sur l’imaginaire.
En cette veille de Noël, de retour dans le grand nord, je le revois par hasard. Son frère était là ; il ne voulait rien laisser transparaître de cette relation illégitime alors qu’il m’avait affirmé que c’était sa philosophie. Paradoxe humain, pas seulement masculin, qui veut vivre d’une certaine manière mais n’ose affronter le regard de la société. Mais tels deux aimants, nous n’étions jamais bien loin l’un de l’autre. Souvenirs tactiles d’un corps versus pensées d’un esprit plus tout à fait au diapason de ses propres interdits. Son désir était en conflit ouvert contre l’image qu’il souhaitait renvoyer, et par conséquence celle de son couple.
Le désir l’a emporté.
Nuit chaude où les mots érotiques s’envolaient à chaque fois que les corps se démêlaient. Nuit courte où le sommeil n’a réussi qu’à s’immiscer. La proximité de l’autre corps réveillait régulièrement l’un ou l’autre. Des mains engourdies caressaient lascivement le corps voisin tandis que le désir reprenait possession de l’esprit. Le magnétisme était toujours aussi vif entre nous. Pour ce désir l’emportant sur le sommeil, il m’a rappelé un autre homme. Il y a tout juste un an, le 26 décembre 2005, Aweb préférait mettre un terme à ces nuits sans fin. Il y a tout juste un an, je me suis dit qu’il valait mieux croquer les hommes plutôt que d’en attendre un quelconque espoir. Avec Marcus, j’ai rencontré deux qualités : il aime faire l’amour et le pouvoir des mots. Avec lui, j’irai peut-être en terra incognita, là où nous emmènera un imaginaire commun chuchoté entre deux étreintes.
Juliette and the licks
This I know
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