Au secours ! Oui-Oui veut me revoir. Quand il m’a couru derrière dans le rue, ce vendredi, j’espérais qu’il avait un autre but. Sans façons, il m’a invité à boire un verre en me pinçant les bras, les joues puis, devant mon refus, a fait mine de me donner un coup de poing sur l’épaule. Geste fatal qui lui vaudra un refus définitif. J’ai trop pris de coups dans mon enfance pour aujourd’hui me laisser maltraiter par une grande brute.
Il a pourtant tenté … et failli réussir. Depuis le premier jour où par mégarde, j’ai commandé à celui que je prenais pour le garçon de café une noisette pour profiter de quelques rayons matinaux en terrasse, il n’a cessé de me proposer BBQ sur sa soi-disant superbe terrasse et petits cafés. J’avais cédé devant son insistance et l’avait invité chez moi, où il a ramené sa fraise avec une bouteille de champagne.
Ce soir-là, j’étais épuisée, ayant écourté la nuit précédente en compagnie de Masa. Masa, si doux, si attentionné. En comparaison, Oui-Oui est une brute épaisse doté d’un humour qui lui est propre.
Mais voilà, Oui-Oui a tout faux :
Je n’aime pas le champagne.
Je n’aime pas qu’on me pince. Qu’on me morde dans le feu de l’action, qu’on me fesse un peu si ça l’excite, pourquoi pas. Mais le pincement est prohibé, surtout sur mes parties les plus douillettes (et les plus sensibles aux caresses). Je suis douillette depuis que je suis née, ce n’est pas maintenant que ça va changer.
Je n’aime pas qu’on me parle créole alors qu’il sait mon incapacité à parler la langue de mes ancêtres et surtout les délicates relations que j’entretiens avec les Antillais venus chercher du travail en métropole. Negropolitaine je suis, puisque c’est ainsi qu’ils nous surnomment, neg’zopolitaine je reste.
Je n’ai pas besoin d’enfant supplémentaire, surtout avec ce type d’homme, bien qu’il soit un père attentif avec tous ses enfants, tous issus de mères différentes auxquelles il a accédé à un désir de maternité.
Nous partageons seulement une chose : l’amour de l’autre sexe. Ce n’est pas suffisant pour que je rentre dans le harem de Oui-Oui.
Oui-Oui avait fini dans mon lit avec l’instruction de dormir. Ce qui, je le reconnais aujourd’hui, était totalement idiot pour un homme venu avec une seule idée en tête. Devant mon refus et sa bandaison, il s’était énervé et était reparti … avec sa bouteille de champagne à moitié pleine (ou à moitié vide pour lui). A ma goujaterie, il avait répondu par la sienne.
Oui-Oui a un frère avec lequel nous avions dîné. Un frère troublant, pas seulement en lui-même, mais pour certains côtés développés dans les Caraïbes. Ce frère m’a rappelé les récits de ma mère concernant sa grand-mère, sorcière réputée.
J’ai peu de chances de revoir son frère à travers Oui-Oui. Donc ce sera un déjeuner où je mettrai les faits noir sur blanc, si l’on peut dire.
Je représente un échec pour Oui-Oui. C’est sûrement pour ça qu’il me court après.
